Avatar light : moins de scénar, plus d’effets

19-12-2009 - 17:29 - Par

CameronBandeau

Entre le traitement écrit par James Cameron pour AVATAR au milieu des années 90 et le résultat final, les différences abondent. Pas dans le bon sens. Analyse.

Grâce à Mike Russell, responsable du très bon blog Culture Pulp, nous sommes tombés sur le traitement écrit par James Cameron pour AVATAR durant les années 90. En se penchant dessus et les flagrantes différences avec le film final, il devient évident que James Cameron n’a pas seulement fait un tri nécessaire, mais a le plus souvent simplifié au maximum son idée de départ pour la rendre plus accessible au plus grand nombre. Quitte à priver son film de toute subtilité ou d’enjeux dramaturgiques réels.

Avatar1Le premier changement majeur apparaît dès les premières pages du traitement, qui débute par une longue présentation de la Terre. Et le constat que décrit Cameron fait peur à lire. Les ressources sont épuisées, les villes sont toutes sur-peuplées, la moitié des poissons sont morts, le dernier lion vivant dans son milieu naturel vient de rendre l’âme, les parcs naturels n’existent plus (le Yosémite est désormais couvert de barres d’immeubles), le ciel est gris, les océans et l’atmosphère rongés par les déchets industriels, le terrorisme nucléaire fait rage, le seul aliment pouvant nourrir suffisamment les Humains est la spiruline (une algue riche en protéines, NDLR). Josh (ancien nom de Jake Sully) vit dans un appart aussi confortable qu’une « cellule de prison ». Cameron décrit ce monde comme un mix entre THX 1138 et la misère galopante de Calcutta. Sympa et terriblement d’actualité à l’heure du sommet de Copenhague. En lisant ça, on se dit que cela aurait constitué une parfaite mise en bouche. Non seulement la présentation de la situation désastreuse des Humains permettait d’éviter d’en faire de simples cyniques ou belliqueux comme ils apparaissent dans le film sous les traits de Giovanni Ribisi (Parker Selfridge) et Stephen Lang (Col. Quaritch). Mais surtout, elle aurait été un parfait contrepoint à celle des Na’vis, créant un nœud dramatique bien plus fort que celui un peu facile de l’appât du gain (Ribisi parlant de « 20 millions de dollars le kilo » pour l’unobtainium). Peut-être James Cameron s’est-il dit que les visions d’apocalypse, de déréliction du réel avaient un peu trop court dans le cinéma actuel… Rien ne permettant de révolutionner quoi que ce soit en somme.

Avatar2Les autres modifications majeures concernent Pandora et les personnages. James Cameron décrit une planète foncièrement hostile, comme il le fait en partie dans le film final. 30 secondes à l’air libre, et c’est la mort. OK. Sauf que dans le traitement, le moindre insecte est une menace potentielle. Quant à l’air de Pandora, quel intérêt d’en faire un mélange de gaz toxiques pour l’Homme si, comme c’est le cas dans AVATAR, il suffit de retenir son souffle pour échapper au trépas ? Là encore, James Cameron use d’un procédé intéressant au départ (une planète providentielle, une terre promise, que l’Homme est obligé d’exploiter faute de pouvoir y vivre), mais le simplifie à son maximum, enlevant tout sentiment de danger. Un point que l’on peut également soulever à propos des personnages. Où est passé Hegner, devenu fou après que son Avatar a été dévoré vivant par une créature pandorienne et a été incapable de faire face à la sensation de mourir ? Voilà qui aurait rendu les pérégrinations de Jake bien plus intenses, là où le sentiment dégagé par le film est un confort tranquille. De même, l’éradication de Marcia de Los Santos et Rob Parrish conforte l’idée que James Cameron a tiré un trait sur toute ambiguïté. La première est chargée de filmer Pandora et envoyer des spots TV sur Terre. Mais toutes ses images plus polémiques se voient censurées, à sa grande désillusion. Le second est un officier de bioéthique affilié aux Verts de l’époque et chargé de surveiller que la Compagnie ne pille pas Pandora comme l’Homme l’a fait avec la Terre. Sauf que Parrish et tous ses collègues du parti sont corrompus jusqu’à l’os. Mais Parrish finit par retrouver ses sens quand Quaritch passe en mode massacre. Ainsi, on s’aperçoit que la densité d’AVATAR, que l’on essaie de nous vendre à grand renfort d’art designs décrivant un monde pensé jusqu’au moindre détail n’est en fait qu’un pâle résumé de l’univers imaginé par Cameron au départ. Dès que les Humains du film entraient en conflit avec leurs semblables, apportaient de l’ambiguïté et des nœuds dramatiques un peu plus poussés que « Humains Méchants / Na’vis Gentils », ils ont purement et simplement été effacés du scénario…

On pourrait continuer ainsi et analyser chaque détail du traitement de James Cameron, conter la centaine de pages scène par scène, mais rien qu’avec ces exemples majeurs, on ne peut qu’enrager que le cinéaste soit devenu le Roi du Monde, avec la conséquence de devoir faire plus fort et plus gros que la fois d’avant. Il fut une époque où chacun de ses films comportaient des enjeux certes simples, mais efficaces. Cameron n’y sacrifiant jamais la profondeur du récit ou la diversité des nœuds dramatiques au déluge d’effets. Et c’est bien tout ce que l’on reproche à AVATAR au final.

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