Avatar : que signifie le succès ?

04-01-2010 - 11:50 - Par

AvatarBOBandeau

Le blockbuster de James Cameron est le plus rapide à engranger 1 milliard de dollars : mais au-delà des chiffres, quels enseignements et conséquences tirer de ce raz-de-marée ?

17 jours, c’est donc le temps qu’il aura fallu à AVATAR pour franchir la barre fatidique du milliard de dollars dans le monde. Le film de James Cameron est le plus rapide à parvenir à ce seuil, et seulement le cinquième film de l’histoire à l’atteindre, après TITANIC (1,84 milliard), LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LE RETOUR DU ROI (1,12 milliard), PIRATES DES CARAIBES : LE SECRET DU COFFRE MAUDIT (1,07 milliard) et THE DARK KNIGHT (1 milliard). Mieux, AVATAR fait preuve d’une longévité impressionnante : avec 68 millions de dollars en troisième week-end aux USA, le film explose le précédent record de SPIDER-MAN 2 en la matière (45 millions). Si bien que certains analystes prévoient qu’AVATAR devrait allègrement devenir très rapidement le deuxième plus gros succès de tous les temps derrière TITANIC, aussi bien aux Etats-Unis que dans le monde. Voir le plus gros succès. Impossible donc de nier l’engouement populaire pour AVATAR. Mais comment analyser des chiffres aussi maousses ?

3D1/ L’effet 3D

Certains semblent l’oublier : observer le succès d’AVATAR, c’est rappeler que le film, dont entre 60 et 80% des recettes sont assurées par les salles IMAX et 3D (selon divers analystes financiers, dont Pali Capital), bénéficie évidemment du surcoût des places. 3 euros ou 3 dollars de plus pour voir le film en 3D, c’est 30% d’augmentation. Ce qui, sur 60 ou 80% d’un milliard, représente tout de même entre 180 et 240 millions de dollars. La preuve que la 3D fait se déplacer le public en salles, étant donné qu’il sera impossible de déguster AVATAR tel qu’il a été conçu en téléchargeant le film, en attendant le DVD ou la diffusion VOD-télé. Mais est-ce réellement la 3D qui a suffi à faire d’AVATAR un tel succès ? Non, étant donné qu’un immense succès comme LÀ-HAUT n’a que finalement peu bénéficié de la 3D, avec seulement 45% de ses recettes de premier week-end assurées par les salles le présentant en relief. Tout réside donc dans la manière dont AVATAR  a été marketé par la Fox et James Cameron, bien aidés par une grande partie de la presse, et assurant que le film était une révolution technologique et le premier opus à réellement user de la 3D comme d’un outil de narration et non comme un simple gadget. Un argument asséné à coup de menhirs dans la tronche, qui accroît l’effet de curiosité et pousse donc le public à aller découvrir le film en salles, peu importe le bouche à oreille. Rien ne dit donc que le succès d’AVATAR ait réellement entériné la 3D comme le futur du cinéma, surtout quand on sait que certains jeunes poids lourds comme J.J.Abrams ou Chris Nolan ne s’y sont toujours pas convertis, tout comme d’autres franchises à succès comme HARRY POTTER qui terminera sa carrière comme il l’a commencé, en 2D.

AvatarPoster2/ La Fox à la relance

Mais au-delà de ces petites polémiques, la Fox peut se frotter les mains. Ces dernières années, le studio peinait au box-office. En 2008, il avait amassé seulement 772 millions de dollars, ses deux plus gros succès étant HORTON (154 millions en domestique et 297 dans le monde) et JACKPOT (80 millions domestique / 219 monde). Raillé voire détesté dans le monde des geeks (le plantage WOLVERINE, le remake catastrophique du JOUR OU LA TERRE S’ARRETA, la suite horrible d’X-FILES…), Fox se rachète là une image de marque et un compte en banque florissant. Mais que va faire le studio de ce rebond ? Certains prévoient déjà un AVATAR 2, même si l’on peut douter que James Cameron se jette dans l’aventure immédiatement, ou qu’une éventuelle suite atteigne les mêmes chiffres, l’effet de curiosité ne pouvant jouer pleinement à nouveau. En 2010, la Fox a dans son line up des opus aussi variés que WALL STREET 2, une potentielle nouvelle franchise pour les kids avec PERCY JACKSON, le troisième volet de NARNIA récupéré chez Disney, PREDATORS ou encore la version ciné de L’AGENCE TOUS RISQUES. Soit rien qui ne devrait pouvoir atteindre des scores aussi astronomiques qu’AVATAR. La thésaurisation devrait donc être de mise chez Fox, en attendant la relance de la franchise X-Men en 2012 avec FIRST CLASS de Bryan Singer.

CameronGreen3/ L’avenir du cinéma ?

D’un pur point de vue subjectif, le succès d’AVATAR peut faire mal au cœur du cinéphile. Sans vouloir dénigrer la volonté populaire (après tout, en tant que geeks et amoureux du cinéma de divertissement, on serait mal placés), il est terrible de constater qu’un film au scénario plat en diable et se prenant pourtant terriblement au sérieux, jouant sur les pires clichés et un propos à la fois sournois et hypocrite (les Na’vis au final dirigés par le gentil blanc / un film à 500 millions prônant l’équilibre juste et la raison) puisse devenir le prochain template utilisé par Hollywood pour attirer le public en masse. Car si AVATAR n’est pas le premier succès à user d’un scénario bas du front (cf TRANSFORMERS 2), il est en revanche le seul à ne pas en souffrir réellement d’un point de vue critique ou en termes d’images. Là où des Michael Bay se font assassiner par la presse et les geeks, James Cameron s’est vu adouber alors que son récit même n’avait rien à envier en termes de débilité à tonton Bay. Il y a donc fort à parier que le méga-succès d’AVATAR sera la porte ouverte à toutes les fenêtres, quand on espérait que celui de DARK KNIGHT allait engager Hollywood à plus d’audaces et de sérieux.

En tant qu’amoureux du cinéma, on ne se plaindra pas de voir un long-métrage attirer le public dans les salles. Mais à y regarder de plus près, on ne peut que prendre ce succès avec des pincettes, ses répercussions sur l’industrie (aussi bien commercialement qu’artistiquement) restant bien ténues pour êtres prises pour argent comptant.

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