Les Weinstein en rédemption ?

23-01-2010 - 15:44 - Par

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À l’heure où les Golden Globes et les Oscars mettent Hollywood en émoi, les frères Weinstein militent comme d’habitude pour que leurs films gravissent les marches. Aujourd’hui, c’est pour eux plus important que jamais.

WeinsteinBrosLes producteurs Bob et Harvey Weinstein, ça pourrait se résumer à ça : PULP FICTION, WILL HUNTING, SHAKESPEARE IN LOVE, LA LEÇON DE PIANO… Autant de films qui ont fait rougir le box-office et les estrades des plus prestigieuses cérémonies. Là-dedans, merci de compter environ 250 nominations aux Oscars et trois titres de «meilleur film». On les dit tyranniques quand il s’agit de promouvoir leurs longs-métrages jusqu’aux Academy Awards : envois massifs de copies VHS ou DVD (ils furent les pionniers de cette méthode oppressante) aux membres votants, déjeuners «informels»… Gwyneth Paltrow devra à jamais sa statuette de «meilleure actrice» pour le piètre SHAKESPEARE IN LOVE à leur lobbying intensif. Mais bien sûr, tout est plus dur depuis qu’ils ont été dépossédés de Miramax. Leur première boîte de production, avant et après qu’elle a été rachetée par Disney, était une énorme machine à sleeper hits, un dénicheur de talents hors-norme. Puis, il y a cinq ans et FAHRENHEIT 9/11, les Weinstein – qui soutiennent le film – délaissent Miramax à Disney – qui juge le Michael Moore trop hardcore envers l’Amérique. Depuis, il faut parler de The Weinstein Company, quelque 200 films distribués (LA ROUTE, dernièrement), et autour de 80 produits. Dont NINE, la comédie musicale de Rob Marshall inspirée du 8 ½ de Fellini, et INGLOURIOUS BASTERDS, le dernier Quentin Tarantino en date. Les deux poulains des Weinstein pour briller aux prochains Oscars.

Pages de pub pour promouvoir Inglourious Basterds aux Oscars

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Les indé-tendances

NINE et INGLOURIOUS BASTERDS, chouchous des Golden Globes 2010, souvent annonciateurs des Oscars suivants. 5 nominations pour le premier, 4 pour le second (dont une victoire pour Christoph Waltz). Rajoutez à ça 3 citations pour A SINGLE MAN, de Tom Ford, que les Weinstein ont acheté pour le distribuer sur le territoire américain et les frangins peuvent sabrer le champagne. Peu importe les pauvres critiques du musical de Rob Marshall, ce n’est pas pour la presse que Bob et Harvey l’avaient signé : mais pour le carnage CHICAGO du même réalisateur qui avait multiplié les récompenses. À l’heure où les concurrents Miramax et Paramount Vantage réduisent considérablement leurs effectifs et alors même que Warner Independent a fermé boutique, les Weinstein considèrent cette salve de nominations comme une bonne vieille louange de la presse étrangère pour leurs choix artistiques. «C’est le genre de choses qui peut aider à revitaliser une industrie et encourager les gens à prendre des risques» expliquait Harvey au New York Times il y a quelques semaines. Pour autant, depuis plusieurs années, ces mêmes journalistes les disaient foutus, dépassés par l’avalanche Fox Searchlight (JUNO, SLUMDOG MILLIONAIRE, FANTASTIC MR FOX), cette branche indé de la Fox qui avait pris goût au risque et dont l’audace était remerciée des plus lucratifs et inattendus succès-surprise de la dernière décennie. Harvey avoue de ses propres mots «sortir l’artillerie lourde pour qu’INGLOURIOUS BASTERDS et Quentin Tarantino aillent aux Oscars». Et il ne regrette qu’à demi-mot l’adrénaline provoquée par la surprise PULP FICTION, la révélation WILL HUNTING qui consacra Matt Damon et Ben Affleck en stars bankables, ou le cultissime CLERKS qui emmena Kevin Smith au firmament de la montagne geek grâce à des ventes indécentes de VHS et des locations au kilo. Ça, c’était il y a plus de dix ans. Voire quinze. L’année dernière, les frères enterraient le dernier Kevin Smith, ZACK ET MIRI FONT UN PORNO, même pas sorti chez nous. Le réalisateur a, depuis, fui vers des horizons plus mainstream avec COP OUT pour Warner, et n’aura qu’un mot à dire : «Les frères Weinstein, ils avaient du goût quand ils avaient faim. Aujourd’hui, ils n’ont plus faim. Ils crèvent la dalle, ils sont désespérés».

HarveyPlanète Terreur

Et ce n’est pas faux. Les Weinstein ont bien failli se faire enterrer sous les dettes et les mauvais investissements l’année dernière. Racheter A Small World, le réseau social upper class, par exemple, fut un mauvais placement. L’acquisition de quelques parts d’Ovation, une chaîne câblée, ou la production de Project Runway, real-TV sur la mode, n’étaient pas plus judicieux. C’est Harvey qui a voulu se diversifier, délaissant le cinéma à son équipe et à son frère. Or, depuis ces quelques dispersions, parmi les 70 derniers films produits, le quart n’a pas dépassé le million de dollars de recette, et 13 n’ont pas dépassé les 100.000$. Il y a eu le fiasco ZACK ET MIRI, certes, mais aussi FAN BOYS (700.000$ de recette) sur une bande de geeks qui infiltre le Lucas Ranch, MS POTTER (3.000.000$) avec Renée Zellweger, UNE ARNAQUE PRESQUE PARFAITE (4.000.000$) ou OUTLANDER (direct-to-dvd chez nous) pour ne citer qu’eux. En distribution, ce n’est guère plus brillant lorsqu’ils ont décidé de se faire VRP du cinéma communautaire black : SOUL MEN, le dernier film de Bernie Mac et LONG SHOT avec Ice Cube ne se sont même pas remboursés. «Pour des films comme ça, il n’y a aucun business à faire à l’étranger. Ce sont des faux-pas» explique Harvey qui termine son mea culpa ainsi : «Ce qui s’est passé, c’est que je suis devenu plus fasciné par d’autres secteurs et je me disais : «le cinéma, je peux faire ça en dormant ». J’ai trop délégué le processus de production et d’acquisition. J’avais quoteencore mon mot à dire, mais je n’y étais pas à 100%. C’est là où j’ai eu vraiment tort.» Aujourd’hui, les Weinstein se font taper sur les doigts : pour les huit premiers mois de 2009, ils cumulaient à peine 1,4 millions de dollars de recette avec 4 films sortis. Avec plus de 500 millions de dollars de dettes accumulées, la crise du DVD, un gros chèque versé à l’amiable à NBC suite à un procès concernant Project Runway, et un deal d’exclu pour diffuser leurs films sur la chaîne Starz, garant de revenus réguliers, tombé à l’eau, les frangins sont soumis à un plan de redressement drastique. Des consultants en restructuration, Miller Buckfire & Company, leur ont demandé de ne pas promouvoir plus de dix films par an, de se débarrasser des titres de leur filmothèque qui ne rapportent plus rien et de n’avoir aucune ambition à monter un empire de la production. Dès lors, chaque long-métrage des Weinstein est comme l’ultime va-tout.

nineposterLe grand pardon

Que NINE rentre bredouille des Golden Globes n’arrange pas les affaires des Weinstein… Déjà rompu à de dures critiques, le film de Rob Marshall n’est pas la vache à lait escomptée (18 millions de recette pour 80 de budget…), même si, en ces temps de vache maigre, les frères lui alloueront bientôt quelques centaines d’écrans supplémentaires, période des Oscars oblige. Quant à INGLOURIOUS BASTERDS, Harvey avoue franchement ses ambitions pour Tarantino aux prochains Academy Awards. Une manière de désavouer toutes les vieilles rumeurs autour de leur relation avec le cinéaste : n’avaient-ils pas voulu couper 40 minutes sous peine de ne pas sortir le film aux USA ? Auraient-ils eu vraiment les moyens de le promouvoir aux Etats-Unis alors qu’ils en avaient les droits de distribution là-bas ? N’allaient-ils pas mettre la clé sous la porte comme tout le monde l’avait suggéré ? On a beaucoup dit que les 30 millions de dollars que les deux businessmen avaient prévu d’investir en marketing américain pour les BASTERDS auraient été co-financés par Universal, déjà co-productrice du film, mais distributrice uniquement dans les territoires hors-nord-américains. Problème : à diviser les mises avec une major pour ne pas investir «risqué», les Weinstein auront aussi à scinder les recettes du long-métrage le plus lucratif de Tarantino. C’est dommage étant donné que les derniers plus gros succès des frangins se résument à LA CHAMBRE 1408, LA VÉRITABLE HISTOIRE DU PETIT CHAPERON ROUGE, SCARY MOVIE 4 et THE READER, en moyenne 130 millions de dollars de recette chacun. Aujourd’hui, plus question d’avoir de grandes ambitions : «Je ne ferai plus jamais que du cinéma», confesse un Harvey Weinstein en pleine remise en question. Le plan de sauvetage viendra peut-être de SCREAM dont la Weinstein Company met en production une nouvelle trilogie, la franchise étant la plus lucrative qu’aient initié Bob et Harvey. Ça ne fera sûrement pas d’Oscar, mais ils comptent bien en tirer leur salut.

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