L’Illusionniste : chronique

16-06-2010 - 10:18 - Par

IllusionnisteCritiqueBandea

On attendait de pied ferme le deuxième film de Sylvain Chomet sept ans après LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE. Trop ?

Resté pendant près de cinquante ans dans les archives du Centre National de la Cinématographie, le script de L’ILLUSIONNISTE, alors intitulé « Film Tati n°4 », que le génie français écrivit entre 1956 et 1958, fut donc offert à Sylvain Chomet par Sophie Tatischeff, fille du cinéaste, quelques mois avant sa mort. Elle ne pouvait se résoudre à laisser cette histoire dans les tiroirs. L’histoire d’un magicien, qui à l’aube des années 60, comprend que son art meurt lentement sous les assauts du rock’n roll, et qui s’entiche d’une jeune adolescente croyant que ses tours sont réels et non truqués. De quoi laisser émerger tendresse, tristesse, gags visuels et étude sociétale comme Tati en avait le secret. Mais malgré des moments franchement réussis, Sylvain Chomet ne parvient à totalement réussir son pari.

IlluCritiquePosterSylvain Chomet, désormais installé en Ecosse où il a fondé son studio, Django Films, peut se targuer d’être un des derniers tenants du film d’animation « à la main ». A l’heure où le tout numérique a envahi les écrans, parfois avec génie (Pixar), rarement avec talent (HAPPY FEET), souvent avec paresse (tous les autres), Chomet reste le défenseur d’une animation old school. Devant L’ILLUSIONNISTE, tout comme LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE, l’évidence frappe : le charme du dessin 2D, qui exhale la sueur des artistes, demeure intact. L’ILLUSSIONNISTE regorge de décors superbes, sublimés d’une lumière charnelle et d’un character design allant du pur cartoon (les chanteurs de rock) au réalisme naturaliste (l’illusionniste lui-même, décalque de Jacques Tati). Face à ce tour de force esthétique, impossible de ne pas être totalement happé dans cet univers automnal. Surtout que de cette animation « à l’ancienne », les personnages tirent leur chair, rendant l’empathie immédiate.

IllusionnistePicMais si l’on s’émerveille devant cette madeleine qu’est L’ILLUSIONNISTE, jamais le récit ne parvient à nous faire oublier le modèle à l’origine du film. Tati. Si Chomet respecte l’univers du cinéaste à la perfection (monopole du plan large, dialogues rares et étouffés, une individualité se débattant dans une société en forme de fourmilière), et joue avec un humour de répétition cher aux 60’s (on pense à Blake Edwards), la narration apparaît souvent laborieuse et ses effets comiques amoindris. Car un gag visuel jouant sur le langage corporel perd inévitablement de sa force et de son absurdité quand il est embrassé par un personnage dessiné, donc malléable à l’envi, plutôt que par un corps de chair et d’os. Si bien que là où le cinéma de Tati débordait de vie et d’une modernité toujours effective 50 ans après, L’ILLUSIONNISTE manque souvent de folie et semble engoncé dans une ambiance désespérée sans demi-mesure. Heureusement, si Chomet ne parvient pas tout à fait à se hisser au niveau de son modèle, la moelle du récit comporte suffisamment de pans émouvants pour serrer nos tripes (notamment dans le dernier quart d’heure du métrage) et nous donner envie de le défendre.

L’Illusionniste, de Sylvain Chomet. France/Ecosse. 1h20. Sortie le 16 juin 2010.

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