The Town : chronique

10-09-2010 - 14:04 - Par

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Voilà trois ans, Ben Affleck livrait son premier film de réalisateur, le très bon GONE BABY GONE. Accident de parcours ? Eh non.


Dans THE TOWN, adapté du roman « Le Prince des Braqueurs » de Chuck Hogan, Affleck, qui cette fois s’offre le premier rôle au lieu de le refiler à son petit frère Casey, suit le destin de Doug MacRay. Un braqueur officiant à Charlestown, quartier de Boston réputé pour ses hold up, qui, après avoir pris en otage la directrice d’une banque, Claire Keesey (Rebecca Hall), s’en éprend. Sauf qu’à mesure qu’il multiplie les missions avec ses acolytes, Doug sent poindre l’impasse et qu’il serait temps de changer de vie. Son amour pour Claire va-t-il le sauver ? Parviendra-t-il, sans trahir les siens, à échapper au FBI dont l’agent spécial Frawley (Jon Hamm) s’est juré de le mettre derrière les barreaux ? Oui, THE TOWN accumule les enjeux dramatiques, et se pose davantage en drame social et familial qu’en énième film de braquage.


TownChroPosterPourtant, c’est avec une certaine roublardise qu’Affleck ouvre son film, par la grâce d’un pré-générique nerveux où l’on suit avec force détails le braquage déclencheur du récit. Une bonne manière de donner au public ce pour quoi il a payé sa place : de l’adrénaline. Mise en scène avec une certaine maestria, implacablement rythmée, cette ouverture prend le spectateur au col, lui met la boule au ventre, le fout au sol et le tabasse sans autre forme de sommation. Une mise en place franche du collier, qui pose des enjeux simplissimes mais surtout, caractérise les personnages de la meilleure façon qui soit : sans blabla, par le mouvement et des images fortes de sens (le calme olympien et la quasi-douceur de Doug MacRay, la folie criminelle de son meilleur pote James Coughlin campé par un Jeremy Renner bluffant d’intensité).


Mais rapidement, dès les scènes suivantes, Ben Affleck bifurque vers un tout autre film. Certes, il livrera à intervalles réguliers (trop ?) des moments de bravoure à couper le souffle : une poursuite en bagnole d’une aridité louable, des braquages toujours plus découpés et stressants, une fusillade en angles morts, une vengeance soudaine… Le tout sur un ton non dénué d’humour, et bien moins opératique que chez Michael Mann ou Martin Scorsese (dont LES INFILTRÉS se situait également à Boston). Mais le gros de THE TOWN se situe ailleurs. Car Ben Affleck aime l’humain et plus particulièrement sa communauté, celle arpentant les rues de Boston. Tout comme dans WILL HUNTING ou GONE BABY GONE, il se pose en quasi-sociologue, observant avec tact les laissés pour compte de l’Amérique, ceux bossant sur les chantiers et finissant leur journée une pinte à la main, exclus qu’ils sont de la périphérie cossue des grandes villes. Des personnes pliant sous le poids du déterminisme social, reprenant à leur compte l’héritage familial et les blessures qui en découlent. Quand bien même cet héritage consisterait à enfreindre la loi.


TownPicSi bien que plus qu’un simple film de braquage, THE TOWN pourrait se comparer aux westerns d’antan. On trouve ici, comme dans certains monuments du genre (LA HORDE SAUVAGE, IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST, IMPITOYABLE), la violence sourde et la mélancolie caractérisant la chute des idéaux initiés par la conquête de l’Ouest. Affleck piétine le rêve américain, tout en s’accrochant à lui comme dernière lueur d’espoir. Un propos parcouru d’une profonde et poignante tristesse, et abordé par le prisme d’archétypes classiques. Ici, on trouve des Bons et des Mauvais. Mais la ligne de fracture ne se pose pas en Bien et Mal. Chacun possède ses parts d’ombre et avant tout, ce sont des valeurs morales et des principes de vie très subjectifs qui s’opposent. Les hors-la-loi peuvent être des bêtes sauvages et des âmes en peine abîmées par la vie réitérant les conneries de leurs aînés ou donnant à la société ce qu’elle attend/pense d’eux. Les flics sont des hommes dont chaque mission est un sacerdoce, pouvant user des pires coups pour arriver à leur fin (Jon Hamm, magistral dans une scène de manipulation de Blake Lively) ou trahissant leur communauté par manque de courage. Une richesse qui assure à chaque personnage de THE TOWN sa place, dans un récit conçu avec soin et efficacité. Rien de révolutionnaire, évidemment. Mais le nouvel opus de Ben Affleck, qui, pour une fois, convainc également en tant qu’acteur, sent bon l’artisanat et le goût du travail bien fait. De quoi lui assurer notre intérêt inconditionnel pour la suite.


The Town, de Ben Affleck. USA. 2h03. Avec Ben Affleck, Rebecca Hall, Jeremy Renner, Jon Hamm, Blake Lively. Sortie le 15 septembre.


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