SUCKER PUNCH : Chronique

29-03-2011 - 15:46 - Par

Après L’ARMEE DES MORTS, 300, WATCHMEN et LE ROYAUME DE GA’HOOLE, Zack Snyder revient au cinéma avec, cette fois-ci, une histoire bien à lui. Mouais…


Années 50 et des brouettes. Babydoll (Emily Browning), 20 ans, et sa petite soeur perdent leur mère et héritent de ses biens. Ça énerve beau-papa, aussi sadique que cupide qui, passablement furieux, s’en prend aux deux jeunes filles. La plus jeune n’en réchappe pas. Ce qui énerve Babydoll, aussi fragile que résolue qui, passablement furieuse, s’en prend à beau-papa. Celui-ci en réchappe. Il conduit alors sa belle-fille dans l’asile le moins glop du coin et soudoie un infirmier peu recommandable (Oscar Isaac) pour qu’elle soit lobotomisée au bout de cinq jours. Babydoll bascule alors dans un tout autre univers… Puis Babydoll bascule dans un tout autre univers…. Puis Babydoll bascule dans… Devinez la suite.

Telle une choupette poupée gigogne, l’histoire générale du film contient de nombreux mini-récits qui, au départ, suscitent la curiosité du spectateur. Le premier changement d’environnement est bien amené et on vient à tenter de démêler le vrai du faux. A déterminer ce qui relève du seul fantasme. Est-elle effectivement enfermée dans un asile ou prisonnière du bordel qui, d’un coup, d’un seul, l’a remplacé ? L’infirmier est devenu tenancier du cloaque. Le médecin chef (Carla Gugino), chorégraphe de ballets coquins pour les clients assoiffés de chair fraîche. Et les patientes, des putes plutôt sympas et ingénues (interprétées par Jena Malone, Abbie Cornish, Vanessa Hudgens et Jamie Chung). Quelle réalité est la réalité ? On s’interroge, on se gratte la tête, on ouvre grand les yeux devant les effets visuels « Snyderien » qui oscillent encore et toujours entre pur mauvais goût et vrai chef-d’oeuvre baroque, et soudain, on pige. Le réal’ nous fait le coup du concept de l’imagination comme arme psychique défensive… Pour transcender ses peurs et oublier son quotidien, rien ne vaut un bon petit rêve. Résister, c’est quelque part l’idée commune à bon nombre de longs-métrages de Snyder. De L’ARMEE DES MORTS à 300 en passant par WATCHMEN, elle a toujours été là. Qu’il s’agisse de repousser des zombies, combattre les Perses ou s’opposer à des supervilains utopistes. Pourquoi pas, nous direz-vous ? La puissance du cortex de Babydoll contre les minus qui font de sa vie, un enfer ? Ça se tient.

Dès lors, le modus operandi est toujours le même : lorsque notre héroïne se lance dans une danse endiablée, sexuelle et forte en sudation (gare à la bande son à base de reprises souvent lourdingues, seul « Army of me » de Björk échappe au massacre), elle voyage au coeur de mondes oniriques à chaque fois différents. Dans le premier de ceux-ci, elle rencontre le Sage (Scott Glenn), sorte de père putatif qui l’enjoint à livrer une big bataille pour regagner sa liberté. Elle devra réunir cinq éléments pour mieux s’échapper du bordel (ou de l’asile, au choix). Résumons parce que ça devient compliqué : Babydoll danse, hypnotise l’auditoire, ses copines péripatéticiennes subtilisent des objets et le spectateur suit les aventures de tout ce petit monde dans un univers imaginaire qui sent le jeu vidéo et la métaphore à plein nez. Que les filles mènent à bien leur mission fantasmagorique signifie qu’elles ont réussi à subtiliser un accessoire dans la « vraie » vie. C’est à tiroirs, on vous a dit…

Bref, est-ce que tout ça est réussi ? Sur le plan de l’action, des effets spéciaux, des roulades, saltos, quadriple lutz piqués, oui. On parle tout de même de Zack Snyder, ici. De l’homme qui multiplie les ralentis plus vite que JCVD enchaîne les mawashi geri. Ainsi, les gentilles fifilles de la maison close se transforment lors de chacune des rêveries de Babydoll, en action girls bien badass. Mention spéciale, à ce propos, à Abbie Cornish (CANDY, SOMERSAULT). Le seul hic, c’est que du Japon médiéval où un samouraï de 20 mètres de haut manie avec talent un gatling gun à une petite virée dans un château habité par dragon, en passant par une bonne baston contre des soldats allemands morts-vivants, on finit par en avoir ras la casquette. C’est d’une régularité métronomique à pleurer. Un objet, un rêve, une scène d’action. Et ce, toutes les 20 minutes. Ca devient vite ennuyeux et SUCKER PUNCH perd rapidement de sa superbe. Dommage mais bon, les fans de pixels et de jolies pépées devraient y trouver leur compte.

Non, le vrai problème du film, c’est le message qu’il est censé véhiculer. « Censé » parce qu’on ne sait pas très bien si la première histoire écrite par Zack Snyder ne lui aurait pas, au final, échappée. Ok, pour dire que l’imagination permet de se libérer de ses propres turpitudes. C’est naïf et inoffensif. Les contes de fée ne datent pas d’hier. En revanche, pour ce qui est du sous-texte féministe de SUCKER PUNCH, un seul mot nous vient à l’esprit : gasp ! A l’heure actuelle, il suffit de donner trois pétoires et deux sabres à des filles qui défouraillent à tout va, pour enfin crier que le beau sexe s’émancipe. Ohé ! Il faut se réveiller ! Pardonnez-nous la comparaison, mais c’est comme affirmer que Cindy de Secret Story est la Simone Veil des années 2000. Ça n’a pas de sens. Concentrons-nous sur ce qui arrive à Babydoll. Un : son beau-père parvient à la faire interner. Deux : un infirmier / tenancier de bordel la terrifie et ses sidekicks n’en mènent pas large non plus. Trois : il lui faut suivre les conseils d’un homme chaque fois qu’elle rêve et entend passer à l’action. La figure masculine est partout. Omniprésente et dirigiste. Jusque dans le look de nos héroïnes. Pourquoi les habiller de manière aussi vulgaire ? D’aucuns diront qu’elles font ce qu’elles veulent. Que leur tenue vestimentaire est un pied-de-nez provocateur aux pulsions dominatrices des mâles alentour. Ce serait oublier que SUCKER PUNCH a été écrit et réalisé par un homme et que cette idée de la femme nécessairement agressive pour porter haut les valeurs du Girl Power n’est pas tout à fait innocente. Enfin, comment expliquer que Babydoll doive fuir la réalité ou sacrifier tout ce qu’elle chérit pour damer le pion à ses adversaires ? Pour gagner, il faut obligatoirement perdre. C’est rageant. Orienté. Et rétrograde. Aussi, on préférera se dire qu’on intellectualise un peu trop le propos. Pourvu que…

De Zack Snyder. Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Vanessa Hudgens, Scott Glenn. États-Unis. 1h50.





 
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