Cannes 2011 : THE ARTIST / Critique

15-05-2011 - 11:32 - Par

De Michel Hazanavicius. Sélection officielle, en compétition.

Synopsis : Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l’histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l’orgueil et l’argent peuvent être autant d’obstacles à leur histoire d’amour.

Époque 3D oblige, il est bon de rappeler parfois qu’un film en noir et blanc, muet, au format 1:33 peut être aussi un sacré bout de cinéma. Michel Hazanavicius, précédemment aux commandes des deux OSS 117, a tenté l’expérience : shooter Jean Dujardin et Bérénice Béjo en stars de cinéma vivant, l’un dans l’échec, l’autre dans le succès, la mort du muet et la naissance du parlant. Le tout en les privant des mots puisque – dans THE ARTIST – on ne les entendra pas. Hazanavicius croit mordicus que son histoire sera belle sans un mot de prononcé. Il a évidemment raison, et en joue d’une manière diaboliquement maline – car non, le film n’est pas « entièrement muet » mais les quelques mots prononcés n’ont pas à être déflorés ici tant ils sont rares et utilisés à bon escient. Ses deux acteurs, très physiques (Jean Dujardin est incroyablement slapstick, Bérénice Béjo est lumineuse à tomber), sont jetés dans un casting international tout aussi formidable (John Goodman, James Cromwell…). Il était là l’atout du muet, désormais totalement désuet (mort, même) : pas de barrière de la langue, moins de références culturelles, il était une bulle de mystère et de charme, qui ne livrait pas toutes ses clés et s’en retrouvait plus sacralisé que de nos jours.

Aujourd’hui, évidemment, il y a la prouesse technique de raconter cette histoire de cinéma et d’amour en silence, dans une fluidité et une intelligibilité parfaites. Car en aucun cas, la profondeur du récit ou des personnages ne sera sacrifiée sur l’autel du tour de force esthétique. L’autre exploit réside dans la fascination que THE ARTIST génère pour avoir tenu en haleine un public rompu à un cinéma résolument plus moderne, l’avoir séduit sans une belle parole, mais simplement avec de jolies images, des décors, des enjeux, des acteurs tout aussi beaux, et une musique surdramatique qui nous transporte en douceur un peu plus de huit décennies en arrière. Hazanavicius, juste l’un des dialoguistes les plus doués de chez nous, qui a livré juste l’une des meilleures comédies françaises de ces 10 dernières années avec OSS 117 RIO NE RÉPOND PLUS, relève le défi haut la main. Si bien que les frères terribles de la distribution américaine, les Weinstein, se sont jetés dessus et l’ont acquis pour un montant à 7 chiffres, probablement pour le pousser vers les Oscars l’an prochain, à tort ou à raison.

The Artist, de Michel Hazanavicius. Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, James Cromwell, John Goodman. 1h40. Sortie le 19 octobre.

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