Cannes 2011 : THIS MUST BE THE PLACE / Critique

20-05-2011 - 23:40 - Par

De Paolo Sorrentino. Sélection officielle, en compétition.

Synopsis : Cheyenne est une ancienne star du rock. À 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. Il découvre que son père avait une obsession : venger une humiliation dont il avait été victime. Cheyenne décide de poursuivre cette quête et entame, à son rythme, un voyage à travers l’Amérique.

THIS MUST BE THE PLACE, première incartade de Paolo Sorrentino dans le cinéma plus international qu’italien, est une vraie curiosité. Le pitch est déjà bien baisé : ancienne star du rock eighties, Cheyenne mène aujourd’hui une vie contrite en Irlande, toujours affublé de son look batcave, aux côtés de sa femme, petite boule d’énergie faisant office de mère-infirmière, et de quelques amis du coin. Lorsque son père décède, Cheyenne part à la chasse au nazi qui l’avait torturé durant l’Holocauste.

Comprendre qu’ici, il s’agit du récit initiatique pur jus d’un grand enfant qui devra exorciser le passé pour mieux affronter sa retraite en toute sérénité. Ô combien cocasse. La même cocasserie, la même tendresse, portaient déjà les films de Sorrentino (ceux qui ont aimé la vivacité de IL DIVO devraient s’y retrouver) et c’est cet esprit brillant qui fait de ce THIS MUST BE THE PLACE un film à part. Une tragicomédie qui doit énormément à l’émouvante beauté de ses personnages et de son héros en particulier, dont l’apathie n’est pas uniquement le fruit d’un probable abus de drogue dans sa jeunesse mais surtout d’une profonde dépression, savamment entretenue par la culpabilité, ironique quand on pense à la noirceur toc qu’il défendait en musique dans les années 80. Sorrentino excelle quand il s’agit d’établir une galerie de personnages hauts en couleur et psychotiques. Et nul doute que Sean Penn y trouve un très beau rôle – quoi que l’acteur a déjà exploré le registre naïf auparavant.

Le réalisateur italien, s’il gère excellemment le jeu, brille de nouveau par ses compositions et sa mise en scène, multipliant les plans et les séquences mémorables (on pense notamment à l’apparition scénique du chanteur David Byrne) et assoit son statut de grand esthète européen. C’est finalement dans le récit qu’on y trouve moins notre compte : road movie oblige, la narration progresse à coups de rencontres ponctuelles, mais parfois frustrantes, heurtant la fluidité de l’histoire. Mais on reste surtout déçu par le dernier quart d’heure du film, malmenant notre réelle affection pour l’existence chaotique de Cheyenne. Souffrant parfois d’un manque de clarté (c’est le problème quand on privilégie personnages et ambiances), THIS MUST BE THE PLACE se clôt sans coup d’éclat. Dommage quand on a assisté juste avant à une bonne heure et demi de cinéma très haut de gamme.

This must be the place, de Paolo Sorrentino. Avec Sean Penn, Judd Hirsch, Harry Dean Stanton, Frances McDormand. 1h58. Prochainement.

Merci à Rope of Silicon pour l’extrait

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