Cannes 2011 : MINUIT À PARIS / Critique

11-05-2011 - 14:40 - Par

De Woody Allen. Sélection officielle, hors compétition. Film d’ouverture.


Synopsis : Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.

Un an après avoir présenté hors compétition VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU, Woody Allen revient sur la Croisette pour ouvrir la 64ème édition du Festival avec son cru 2011, MINUIT A PARIS. Un long-métrage qui a souvent défrayé la chronique pour les soit disant mauvaises performances de la Première Dame. Désamorçons tout de suite la grenade : Carla Bruni n’a que trois scènes, n’a pas grand-chose à jouer, et ne s’en sort pas mal. Non, l’important dans MINUIT A PARIS se situe plutôt dans le fait qu’Allen déclare ici son amour à Paris, la France, son aura de sanctuaire pour artistes. Voire un peu trop. S’ouvrant sur cinq bonnes minutes de cartes postales des endroits les plus emblématiques de la capitale, le film débute mal, très mal. D’autant que tous les personnages, hormis celui d’Owen Wilson, sont détestables au plus haut point. Certes, Allen raille là les érudits étalant leur culture avec pédanterie (via le personnage campé par Michael Sheen), ou les Républicains du Tea Party voyant l’Europe comme un trou à rat, mais un peu plus de subtilité dans la caricature n’aurait pas fait de mal.

Heureusement, le cinéaste se rattrape avec sa trame principale : celle d’un scénariste hollywoodien, Gil Pender, se rêvant en écrivain, interprété avec allant par Owen Wilson, et qui chaque nuit, à minuit, traverse une faille spatio-temporelle et se retrouve propulsé dans les années 20. Si bien que son héros rencontre au fil de ses aventures Ernest Hemingway, Pablo Picasso, Luis Bunuel ou Salvador Dali. La démarche s’avère plutôt amusante, d’autant que certaines scènes sont franchement réussies,notamment la discussion au café entre Gil, Dali, Bunuel et Man-Ray, durant laquelle Adrien Brody en peintre surréaliste assure un spectacle certes too much, mais d’une grande drôlerie. Ce récit finit néanmoins par rapidement s’essouffler et tomber dans le name dropping incessant, résumant l’intérêt du film à cette simple question : « Qui Gil va-t-il rencontrer lors de son prochain voyage dans le temps ? ». D’une idée plutôt jubilatoire, Allen ne tire qu’un gimmick qui, sous la forme d’un court-métrage, ou exploité avec un peu plus d’imagination (malgré tout le respect que l’on porte au cinéaste), aurait sans doute gagné en profondeur. Mais comme le metteur en scène new-yorkais possède encore de beaux reste, il parvient à sortir le spectateur de sa torpeur grâce à une morale finale plutôt surprenante, bien que légèrement trop appuyée et didactique. MINUIT A PARIS apparaît donc plus comme un film de transition et de guérison pour Woody Allen, une ode à l’Art, à Paris, au présent et à l’épicurisme. Aussi inégale que plaisante. On ne pourra s’empêcher d’en réclamer plus au cinéaste…

Minuit à Paris, de Woody Allen. Avec Owen Wilson, Marion Cotillard, Rachel McAdams, Michael Sheen. 1h34. Sortie le 11 mai.



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