Cannes 2011 : HABEMUS PAPAM / Critique

13-05-2011 - 23:10 - Par

De Nanni Moretti. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis : Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur.
Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu !
Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité.
Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ?
Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…

Chouchou du Festival de Cannes (il y a reçu le prix de la mise en scène pour JOURNAL INTIME et la Palme pour LA CHAMBRE DU FILS), Nanni Moretti était attendu de pied ferme pour HABEMUS PAPAM. L’histoire d’un Pape nouvellement élu (Michel Piccoli), effrayé par ses responsabilités, qui refuse d’assumer sa fonction et prend la poudre d’escampette. Pendant ce temps, un psychiatre (Nanni Moretti) qui avait été appelé pour le ramener à la raison, est obligé de rester au Vatican avec les cardinaux, la règle voulant que personne ne quitte le Conclave tant que le nouveau Pape n’a pas été présenté au public. Si HABEMUS PAPAM débute de la meilleure des façons, avec des rires et le ton alerte si caractéristique de Moretti, la machine ne tarde pas à s’enrayer. Et bizarrement, en raison du dédoublement de la narration (le Pape reprend sa liberté / le psy se retrouve prisonnier), qui, s’il cherche à mettre en perspective le destin de ce pontife en quête existentielle, handicape grandement la narration. La partie au Vatican patine, et s’embourbe dans un humour à la limite du supportable, très « cinéma de papa ». L’ironie si typique de Moretti tourne ici à vide, la caricature du monde ecclésiastique ne servant jamais vraiment le récit principal et manquant singulièrement de vie, voire de piquant. Tout à la gloire du cinéaste, qui en est le héros , ce pan d’HABEMUS PAPAM ennuie et irrite, notamment lors des trop longues scènes d’un tournoi de volley organisé par le psychiatre, aussi ridicules qu’inutiles. Une déconfiture assez tonitruante, qui contraste étrangement avec la réussite totale de la trame suivant le Pape, elle profondément émouvante, délicate, et portée par un Michel Piccoli aussi habile dans la mélancolie attendrissante que dans le burlesque le plus poussif. Beau à en pleurer, l’acteur, à chacune de ses apparitions, tire HABEMUS PAPAM vers le sublime. On aimerait rester constamment à ses côtés, sonder encore davantage ses états d’âme et ses sentiments, se perdre encore plus longtemps avec lui dans Rome. Mais Moretti préfère revenir perpétuellement sur le psy qu’il incarne. Au point que toute cette partie finit par avoir le goût d’un egotrip quelque peu déplacé, qui annihile une grande partie du plaisir, et donne à HABEMUS PAPAM cette étrange identité d’un film tout aussi raté qu’il n’est superbe.

Habemus Papam, de Nanni Moretti. Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Margherita Buy. 1h42. Sortie le 7 septembre



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