COLOMBIANA : chronique et entretien avec Zoe Saldana

27-07-2011 - 10:01 - Par

À l’occasion de la sortie en salles de COLOMBIANA, nous mettons en ligne notre entretien avec Zoe Saldana, déjà paru dans le numéro 6 de Cinemateaser, actuellement en kiosque.


Notre avis :

Parce qu’elle a vu ses parents se faire tuer sous ses yeux, Cataleya, fillette plutôt alerte, décide de devenir tueuse à gages et crie vengeance. Un pitch d’une simplicité exemplaire pour un film qui va droit au but à coups de péripéties triviales. Il faudra faire le tri au départ dans une sous-intrigue d’espionnage bien superflue et vite abandonnée pour apprécier comme il se doit la soif de justice personnelle de notre néo-Mathilda en talons. Oui, LÉON serait fier. Au fil de scènes sophistiquées, Zoe Saldana (AVATAR) – dont on avait peu goûté jusqu’alors les talents dramatiques – brode un personnage sobre et complexe. Et c’est dans les face-à-face de pur jeu, aux côtés de l’époustouflant Cliff Curtis (SUNSHINE) ou de l’inoffensif Michael Vartan (ALIAS), que Cataleya se fait héroïne ultra-charismatique. Il est très troublant de la voir insuffler tant de finesse, par sa grâce et la subtilité de ses dialogues, à ce film d’action souvent bourrin, et qui n’évite évidemment pas certains clichés du genre. Reste qu’on est totalement sous le charme.

L’entretien :

De STAR TREK à AVATAR, Zoe Saldana est devenue la fille sexy des blockbusters. Mais avant d’être labellisée faire-valoir, elle fait In extremis le putsch sur l’action et prend la tête d’affiche de COLOMBIANA. Rencontre.

Qu’avez-vous vu en COLOMBIANA qui vous ait donné envie de vous impliquer ?

D’abord Luc Besson. Lorsqu’il est venu à Los Angeles, il m’a donné le scénario à lire en exclusivité. Il m’a dit qu’à ce stade, je n’avais pas de concurrente. Flattée, je l’ai lu dans la journée et j’ai beaucoup aimé la mélancolie qui se dégageait de mon personnage, Cataleya. Bien qu’elle soit une tueuse imprévisible, c’est une femme obsédée par la vengeance depuis l’enfance. Je regrette que, dans bien des films d’action d’aujourd’hui, les réalisateurs n’exploitent pas assez la psychologie de leur héros. La mise en scène y est de plus en plus incroyable mais, souvent, ils sont déshumanisés. Difficile alors de s’attacher à l’histoire.


Pour vous, COLOMBIANA est-il le moyen de montrer au public que vous pouvez porter seule des films imposants ? Que vous pouvez vous départir d’AVATAR ?
Effectivement, je veux montrer que je suis une véritable artiste. Mais ce n’est pas en réaction à mes précédents films. L’année dernière, une fois que la grande et formidable tornade
AVATAR s’est un peu apaisée, je savais que je voulais vraiment
endosser un personnage très construit. Si possible dans un bon film d’action. COLOMBIANA était donc providentiel.


C’était une évidence que de l’accepter ?
J’étais pétrifiée ! J’ai mis un mois avant de me dire que j’étais prête à porter un film de bout en bout. Jusque-là, je doutais avoir toutes les qualités qu’on exigerait de moi. Rencontrer Olivier Megaton m’a beaucoup rassurée. Il est peintre et, pour moi, cela prouvait qu’il possédait une grande sensibilité. Je savais qu’il insufflerait de la chair à Cataleya, une grande profondeur. Je ne me suis pas trompée.


Les actioners féminins rencontrent rarement le succès, à moins qu’ils ne soient portés par Angelina Jolie. COLOMBIANA est-il votre coup de gueule en faveur des filles couillues ?
Disons que COLOMBIANA est un bon film, porté par un personnage vraiment badass… qui s’avère être une femme. C’est assez rare, c’est donc souvent rejeté vu que ça ne répond pas au schéma préconçu d’Hollywood. Une fille ? On doit voir son cul, c’est obligatoire. Sinon, à quoi bon ? Quand je lisais le script de COLOMBIANA, j’étais très attentive à toute forme éventuelle de vulgarité. Mais Luc est au-dessus de ça. Il faut se rendre à l’évidence : le fait que les femmes s’imposent aujourd’hui fait totalement partie de l’évolution humaine. Nous n’avons même plus à nous battre, c’est comme ça et le monde doit l’accepter.


Sont-ce vos qualités de danseuse ou la motion capture, que vous maîtrisez depuis votre rôle dans AVATAR, qui vous ont permis la gestuelle féline dont vous faites preuve dans COLOMBIANA ?
Je n’aurais jamais eu le rôle d’AVATAR si je n’avais pas été danseuse à la base. Pour moi, l’activité physique me semble primordiale afin que chaque individu synchronise son esprit à son corps. En tant qu’actrice, j’aborde mes rôles d’une manière aussi cérébrale qu’animale. Pour Neytiri, je m’étais inspirée des félins ; Uhura, dans STAR TREK, était davantage basée sur l’élégance des chevaux ; pour COLOMBIANA, j’étais obsédée par les loups. C’est devenu une méthode analogique très efficace.


Vous jouerez dans AVATAR 2, n’est-ce pas ? C’est désormais certain ?
Oui. J’ai dîné avec Jim (Cameron, ndlr) il n’y a pas si longtemps, et j’ai mis les pieds dans le plat : « Je sais que tu es en cours d’écriture – même si tu dois avoir fini mais, en gros, tu nous fais poireauter –, mais est-ce que Neytiri est morte ou quelque chose du genre ? » Il m’a répondu : « Tu plaisantes ? » J’étais soulagée qu’il le dise si clairement, car j’avais l’ego en ébullition.


Y a-t-il une réelle différence de méthode lorsqu’on travaille avec un réalisateur français ou un metteur en scène américain ?
Oui… et non. La vraie similarité, c’est la passion que l’on partage à faire le film, peu importe sa nationalité. Je n’ai toujours bossé qu’avec des gens qui avaient des visions extrêmement fortes. Que ce soit J.J. Abrams, James Cameron ou Steven Spielberg (elle a joué dans LE TERMINAL, ndlr). Mais d’un point de vue personnel, j’ai trouvé qu’Olivier était quelqu’un d’extrêmement complexe. Nous avons passé beaucoup de temps à travailler la personnalité de Cataleya, à lui trouver les bons mots à dire. La barrière des langues fut un problème un peu ardu à surmonter. Nous devions alors être toujours très attentifs l’un à l’autre pour transcender les différences culturelles. Le plus important, c’est la collaboration que nous avons mise sur pied, et même si elle a connu des hauts et des bas, qu’il y a eu des débats ponctuels, elle était la preuve d’un véritable respect mutuel. J’avais des opinions à faire entendre. En face de quelqu’un qui porte son film depuis longtemps et qui défend tout autant son personnage, ça peut éventuellement faire quelques étincelles… Et ici, elles ont engendré une véritable magie.


Zoe Saldana est à l’affiche de COLOMBIANA. Sortie le 27 juillet


 
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