CARS 2 : Interview de John Lasseter

01-08-2011 - 23:09 - Par

« Faire des films de qualité, c’est le meilleur des business plans », nous lance John Lasseter quand nous le rencontrons fin juillet afin de discuter de CARS 2. Entretien.


C’est le premier film que vous réalisez dont le score n’est pas composé par Randy Newman… Pourquoi ? Et qu’a apporté Michael Giacchino à votre style ?

Randy Newman est un de mes plus proches amis. Nous l’avons énormément sollicité récemment puisqu’il a enchaîné LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE et TOY STORY 3. Il était donc très occupé et il était difficile de dire s’il allait pouvoir faire CARS 2. Mais chez Pixar, on est devenus très proches de Michael Giacchino et de sa famille. Donc nous lui avons demandé s’il voulait s’en occuper. J’ai appelé Randy, je lui en ai parlé et il était totalement d’accord. Mais ne vous inquiétez pas, nous continuerons à travailler avec lui !

Une question pour les amateurs français de course automobile. Il me semble que Raoul ÇaRoule est inspiré de Sébastien Loeb. Je voulais savoir pourquoi, au contraire de Lewis Hamilton, Raoul n’a pas de dialogues et n’est donc pas doublé par Loeb…

Dans CARS 2, nous voulions qu’un champion français participe au World Grand Prix, car vous avez de sacrés pilotes ! Quand nous avons commencé à développer CARS 2, à l’origine, le World Grand Prix comportait cinq courses, et pas seulement trois. Nous voulions être réalistes à l’égard du monde automobile, donc nous voulions avoir différents types de voitures. Mais quand vous opposez une voiture de F1, une de rallye et une autre de NASCAR, la compétition ne peut pas être équilibrée. Alors nous avons calqué le World Grand Prix sur le décathlon olympique : chaque course aurait un terrain différent, adapté à une discipline. Au départ, nous avions donc une course située dans la forêt noire allemande, où la voiture de rallye serait à l’aise, plus que celle de F1 par exemple. Mais au final, l’histoire commençait à être bien trop dense. Nous avons alors réduit la compétition à trois courses, et nous avons décidé que chacun des trois circuits ait diverses sections, dont une « rallye ». En partie parce que nous voulions une voiture de rallye dans le film. Nous souhaitions au départ que chaque voiture puisse parler, mais cela s’est avéré trop compliqué… Alors seulement les personnages clés parlent dans le film, dont Francesco, la voiture de F1, ainsi que quelques caméos, dont Lewis Hamilton.

En tant que directeur créatif de Disney Animation, quels sont vos plans pour ce département ? Notamment, est-ce que vous envisagez de rouvrir les studios français et australiens, qui ont été fermés en 2002 et 2006 ?

Nous n’envisageons pas de rouvrir les divers studios étrangers de Disney, parce qu’ils ont fini par se disperser. Chez Disney, nous sommes excités par la direction prise récemment. Vous savez, je suis devenu ce que je suis devenu – et notamment directeur créatif de Disney Animation – en raison des films créés par Walt Disney, qui m’ont tellement diverti quand j’étais enfant. Il y a quelque chose d’unique et de magique dans ces classiques : le sentiment que l’on ressent en les regardant, et qui est dû à cet équilibre parfait entre les sentiments, l’humour, la beauté, la musique, le charme… Hollywood est devenu très cynique et pense que le monde l’est aussi, au point d’avoir oublié ces films, de ne plus en avoir besoin. Je pense le contraire, et c’est en partie parce que je ne vis pas à Hollywood. J’aime ces longs-métrages, et je sais que mes amis et le monde entier aussi. Quand on m’a nommé directeur créatif, la première chose que j’ai voulu ranimer, c’est ce genre de projets, qui sont typiques de Disney et dont même le studio s’était éloigné. Je pense qu’on peut encore les faire aujourd’hui, mais pour un public contemporain. Dans LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE et RAIPONCE, les princesses n’attendent pas que le Prince charmant débarque par exemple. Elles sont le moteur du récit, ce sont des personnages de femmes fortes et actives.

À l’époque de TOY STORY 2, vous vous étiez opposé à ce que ce soit un direct to DVD. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis pour PLANES ?

Je ne me suis pas opposé à ce que TOY STORY 2 soit un direct to DVD… En revanche, je me suis effectivement battu pour que si suite il devait y avoir, elle devait être exceptionnelle. Voilà contre quoi je me bats : les mauvais films. Et je n’aimais pas du tout quand Disney faisait des suites médiocres en DVD de leurs classiques. Comment voulez-vous être au niveau de ce que Walt Disney créait ? Quand j’ai été nommé directeur créatif de Disney Animation, j’ai dû me mettre en contact avec les exécutifs de Disney Toon Studio. Nous cherchions à savoir ce qui pouvait être frais et original pour le marché de la vidéo. Or, j’appréciais énormément les livres publiés par Disney autour de la Fée Clochette. Ils tournaient autour de la question que tout le monde se pose en regardant PETER PAN : « d’où vient-elle ? Y a-t-il d’autres fées comme elle ? » Et ça, j’aime. Car ce ne sont pas du tout des suites de PETER PAN, mais des spin-off ! C’est une idée originale, reliée à un classique, où on explore un tout autre monde. Nous cherchions donc une autre série à faire avec Disney Toon et je voulais revenir vers CARS. Dans mon esprit, tout véhicule peut devenir un personnage. Or, j’adore les trains, les avions et les bateaux. Je me suis donc dit qu’on pouvait raconter de toutes nouvelles histoires, dans des mondes totalement différents. J’ai donc pitché cette idée à Klay Hall, un des grands réalisateurs de Disney Toons. C’est un de mes amis et comme moi, il aime les trains, les avions, les bateaux. On a donc effectué un brainstorming ensemble pour mettre sur pied une histoire qui concernerait des avions et serait un spin-off de CARS. Je suis très excité par le projet, car il est très bon. Au point qu’on pense le sortir en salles sur de nombreux territoires… Mais encore une fois, tout est question de qualité. Faire des films de qualité est le meilleur des business plans. Raconter de bonnes histoires avec de bons personnages, qu’il s’agisse d’un film de cinéma ou pour la vidéo. Il faut avoir une vision artistique, et ne pas se lancer dans un projet uniquement pour vendre des jouets.


 
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