LA TAUPE : chronique

08-02-2012 - 11:05 - Par

Une adaptation maligne, complexe et envoûtante du chef-d’œuvre littéraire de John Le Carré. Exigeant, mais absolument incontournable.


Agent secret retraité, George Smiley est rappelé par le gouvernement anglais pour une mission de la plus haute importance : débusquer une taupe soviétique sévissant au sein du Cirque, service de renseignement de sa Majesté. Lorsque John Le Carré a publié « La Taupe » en 1974, le monde était encore en pleine Guerre froide. Autant dire que l’idée d’un espion russe au sein d’une agence occidentale faisait trembler le lecteur. Aujourd’hui, seuls les férus d’Histoire ou ceux ayant vécu cette crise peuvent appréhender ce qu’était l’ambiance d’alors. LA TAUPE joue là son va-tout : ressusciter une époque révolue, et l’utiliser comme un prisme sur la nôtre, où les idéologies et les idéaux ont vacillé et où l’ennemi se fait encore plus élusif. En disséquant froidement la psychologie troublée de ses personnages – le taiseux, impitoyable et blessé George Smiley en tête –, le réalisateur Tomas Alfredson parvient à connecter le spectateur d’aujourd’hui aux 70’s. Sa mise en scène d’une précision implacable, qui suggère tout en montrant, qui temporise autant qu’elle saute les étapes et brouille les pistes, sert à merveille la complexité du scénario. Un script adapté avec malice du roman de John Le Carré, dont la densité semblait un frein à toute adaptation cinématographique. Pourtant, de rajouts en raccourcis et trahisons, LA TAUPE recrée à merveille l’atmosphère pesante et envoûtante du livre, en une sorte de suspense cérébral plus tendu que n’importe quel actioner. Emporté par la paranoïa qui régit la narration, le spectateur finit par être totalement happé par l’univers du film, et en devenir un pion comme un autre. Perdu, balloté de doutes en certitudes. Alors, forcément, LA TAUPE ne s’adresse pas au tout-venant. Exigeant et langoureux, il demande au public l’effort de relier les points, de réfléchir à ce qu’il voit. Les lecteurs auront l’avantage de saisir avec plus de facilité la trame, qui ne s’embarrasse d’aucune explication superflue. Les profanes se trouveront décontenancés devant cet objet parfois abscons. Un léger défaut en forme de qualité : car une fois le film conclu sur sa seule note de fantaisie – une chanson de Julio Iglesias qui baigne la fin dans une étrangeté émouvante –, tous n’auront qu’une seule envie. Se replonger dans ce long-métrage brillant et audacieux, aux acteurs fascinants, qui revisite avec brio le thriller d’espionnage.

De Tomas Alfredson. Avec Gary Oldman, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Tom Hardy. Sortie le 8 février





 
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