Cannes 2012 : LA PART DES ANGES / Critique

21-05-2012 - 23:40 - Par

De Ken Loach. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis : À Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison mais écope d’une peine de travaux d’intérêts généraux.
Henri, l’éducateur qu’on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement… à l’art du whisky !
De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères.
Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque – une étape de plus dans sa vie de petits délits et de violence ? Ou en avenir nouveau, plein de promesses ?
Seuls les anges le savent…

Il y a deux ans, on était furax de voir que Ken Loach avait livré un film mineur qui se prenait terriblement au sérieux, intitulé ROUTE IRISH. Aujourd’hui, nous sommes ravis de le voir débarquer avec un film mineur totalement jouissif : LA PART DES ANGES. C’est que depuis quelques temps (disons depuis sa Palme pour LE VENT SE LÈVE), le réalisateur britannique brille davantage dans la comédie positive que dans le drame apitoyé, même s’il injecte exactement les mêmes critiques politico-sociales dans les deux cas. L’homme a un esprit encore terriblement aiguisé qui ne fonctionne jamais mieux que lorsqu’il est au service de la tendresse cocasse (voir LOOKING FOR ERIC). Ici, on suit Robbie, à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Des parents démissionnaires, un gang ennemi qui veut lui faire la peau, un passé de délinquant hardcore et de cocaïnomane qui lui colle aux baskets et un beau-père qui lui refuse le droit de voir son propre fils, nouveau né. Le jour où le tribunal lui laisse une seconde chance et le condamne à de simples travaux d’intérêt général, Robbie va se découvrir un mentor dans l’art de la dégustation du whisky et une bande de copains tout aussi passionnés par le malt, même si moins raffinés. Dont Albert, un binoclard dont la culture générale donne une idée du néant intersidéral. Non content d’être le comic relief le plus efficace du film, c’est aussi l’un des personnages les plus attachants que le festival ait donné à voir jusqu’à présent. C’est même par lui et par ses frasques avinées que Loach ouvre son film, trop content de tenir une icône de la gentille connerie aussi bien incarnée. La bande de bras cassés ayant pour habitude de s’en sortir dans la vie en bafouant la loi, elle prépare un coup d’enfer pour s’emparer d’un whisky qui vaut de l’or. « La part des anges », c’est l’infime partie d’alcool qui s’évapore généralement d’un fût. Les « pertes et profits » des distilleries. Loach fait de « la quantité négligeable » le cœur de son film. Qu’il s’agisse d’alcool ou des gens. Ils s’intéressent à ceux (et à ce) qui n’ont (qui n’a) pas l’attention des riches et qui pourtant, peuvent (peut) avoir une valeur inestimable. Une morale jubilatoire en ces temps économiques inconscients, pour un film réalisé avec le même sempiternel cahier des charges (acteurs amateurs, réalisation fonctionnelle, décors dépressifs, milieux ouvriers…), mais dont l’atout est de balayer tout pathos éventuel par une bonne dose de malice. Une apologie de la démerde d’une immense générosité.

De Ken Loach. Avec Paul Brannigan, John Henshaw, Roger Allam. Grande-Bretagne. 1h46. Sortie le 27 juin

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