Cannes 2012 : LAWLESS / Critique

19-05-2012 - 16:50 - Par

De John Hillcoat. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis : 1931. Au cœur de l’Amérique en pleine prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.

Un film hollywoodien mainstream au classicisme patent a-t-il sa place en compétition à Cannes ? Le débat risque de faire rage tout au long du Festival, avec en objet du délit la présentation de LAWLESS de John Hillcoat. Si la polémique est compréhensible – encore que, pourquoi le cinéma frontal hollywoodien aurait-il moins sa place qu’un cinéma auteuriste plus marginal au sein d’un Festival célébrant la diversité ? –, il serait dommage de stigmatiser LAWLESS uniquement via une comparaison avec ses concurrents à la Palme. Non, LAWLESS ne méritera sans aucun doute pas de prix au final. Pourtant, John Hillcoat signe ici un véritable morceau de cinéma, exécuté avec soin, où brille sa mise en scène fonctionnelle mais gracieuse, des performances d’acteur assurées – aussi drôles qu’émouvantes –, et une écriture certes classique, mais s’avérant une vraie gageure quand on se réfère au matériau originel. En effet, le livre « The Wettest County In The World » de Matt Bondurant, qui conte le destin de bootleggers de son grand-père et de ses deux grands-oncles n’était pas une œuvre facile à adapter a priori. Car cette chronique éclatée de souvenirs disparates de familles – et exploration de ce qu’est le roman américain et de ce qu’est l’Amérique elle-même – s’avérait au final peu narrative. Il faut donc rendre hommage au travail d’adaptation effectué ici par Nick Cave – oui, le chanteur –, scénariste de LAWLESS qui, tout en restant très fidèle au livre, bouscule totalement sa construction pour livrer un scénario bien huilé, comprenant parfaitement la différence entre le medium livre et le medium cinéma. Il parvient ainsi à tirer la sève même de l’histoire des Bondurant, et fait de leur vie un véritable destin cinématographique. Surtout, Cave caractérise remarquablement ses personnages, via de subtils détails – présents dans le livre –, comme les grognements incessants du taiseux Forrest (Tom Hardy), ou les regards apeurés de l’ambitieux mais fragile Jack (Shia LaBeouf). Seul l’immense Jason Clarke se voit moins gâté, son personnage d’alcoolique bourru et bagarreur étant clairement moins fouillé que sur papier. En ressortent néanmoins de vraies fulgurances de subtilité dans les relations unissant ces trois frères, car Cave et Hillcoat refusent de signifier par le mot ou l’image la tendresse qu’ils peuvent éprouver les uns pour les autres. LAWLESS se révèle néanmoins un portrait poignant – car tout en non dits – de cette fratrie aux relations complexes, produit de son époque et de son environnement. C’est ainsi le cœur d’une certaine l’Amérique qui bat ici : celle des régions rurales sur lesquelles se sont construites la richesse et la légende des Etats-Unis, sans qu’elles n’en jouissent vraiment en retour. Hillcoat, même s’il ne réédite pas l’exploit de son sublime THE PROPOSITION, parvient ainsi à livrer un film ample et intime, posé et nerveux, divertissant et signifiant. Pas si mal pour un parangon de classicisme mainstream…

De John Hillcoat. Avec Tom Hardy, Shia LaBeouf, Jessica Chastain. USA. 1h55. Sortie le 12 septembre



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