Cannes 2012 : POST TENEBRAS LUX / Critique

24-05-2012 - 15:54 - Par

De Carlos Reygadas. Sélection officielle, en compétition.

Synopsis : Au Mexique Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux. POST TENEBRAS LUX est un film semi-autobiographique sur les sentiments, les souvenirs, les rêves, les choses espérées par le cinéaste, les peurs, les faits de sa vie quotidienne. Carlos Reygadas décrit le film comme un travail « où la raison interviendra aussi peu que possible, comme dans un tableau expressionniste où l’on essaie d’exprimer ce que l’on ressent sans représenter les choses telles qu’elles sont ».

Impossible de résumer POST TENEBRAS LUX, impossible non plus de le critiquer. Encore eut-il fallu que le nouveau Reygadas (JAPON, BATALLA EN EL CIELO…) se pose d’avantage en objet narratif qu’en petit truc expérimental, et s’ouvre suffisamment pour être compris. Nous doutons franchement que ce soit le but du Mexicain, dont on discerne une grande arrogance artistique depuis sa fellation ostentatoire dans BATALLA et son coucher (lever ? On ne sait plus) de soleil en temps réel dans LUMIÈRE SILENCIEUSE (un film ascétique sur les Mennonites, yeah !). Ici, sous prétexte de faire de la belle image, Reygadas empile les séquences qui n’ont grosso modo aucun rapport les unes avec les autres. Enfin si, thématiquement. Mais temporellement, ça reste à voir. C’est le moindre des problèmes du long-métrage, à vrai dire. Il y a un diablotin à tête de chèvre avec une boîte à outils visitant les maisons (joli effet numérique ayant 30 ans de retard), il y a des gens qui coupent des arbres, une femme qui se fait sauter devant des Français, un type qui tabasse un chien, un autre qui s’arrache sa propre tête (pardon : « spoiler ») et apparemment, nous devrions comprendre qu’il s’agit ici de traiter de l’omnipotence de la nature et de l’ordre des choses. Il paraît. Et nous avons oublié qu’il y a une bande d’ados britanniques qui jouent au rugby. Possiblement, cela veut dire que les gens aiment la violence des rapports humains. Et puis, pas mécontent de lui d’avoir livré un film au format télé 1:33 (dommage, Pablo Larrain et Xavier Dolan l’ont déjà fait cette année. Et avec talent, eux), il fait tout flou sur les bords et net au milieu. Ce que ça raconte ? Dieu seul le sait. C’est intéressant ? En l’état, pas le moins du monde. C’est joli ? Bien sûr. Et c’est justement parce que c’est visuellement chiadé qu’on s’est répété pendant deux heures que, comme quoi, ça ne faisait pas tout. Puis on s’est remis à compter nos cheveux. Nous sommes certains que Reygadas a moult justifications à donner pour chacun de ses plans, chacune de ses scènes, chacun de ses ineptes dialogues. Mais tant que ce n’est pas à l’écran, mais cloitré dans sa caboche, nous y restons profondément indifférent. Pour paraphraser le héros d’HOLY MOTORS de Leos Carax (qui comparativement, relève d’un cinéma hautement popu) : « Il aurait fallu que tu fasses exprès de ne pas le faire ». Un peu grotesque mais parfaitement idoine.

De Carlos Reygadas. Adolfo Jimenez, Natalia Acevedo, Willebaldo Torres. Mexique. 1h40.

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