A.C.A.B. : chronique

18-07-2012 - 13:35 - Par

Nos amis les flics l’ont mauvaise dans ce glaçant état des lieux made in Italia.

Il y a quelques années encore, les murs de France étaient jonchés de messages aussi affables que « CRS = détresse ». En Italie, les réfractaires à l’ordre ont plus d’imagination puisqu’ils se tatouent les lettres A.C.A.B sur la peau. Kézako ? Tout simplement les initiales de « All Cops Are Bastards » (« Tous les flics sont des salauds » dans la langue de NTM). Un slogan d’abord utilisé par les skinheads dans l’Angleterre des années 70 puis peu à peu repris partout où les affrontements avec la police prennent des allures de guérilla urbaine. Sorte de « cri de rage sécuritaire », A.C.A.B. suit le quotidien de Cobra, Nero et Mazinga, flics mi-vigilantes mi-ripoux régulièrement confrontés au mépris général. À l’image du fiévreux TROPA DE ELITE, A.C.A.B. dissèque le mal-être policier embourbé dans l’infernal cycle de la violence. Mais là où le film de José Padilha se distinguait par sa réalisation coup de poing, celui de Stefano Sollima (qui signe ici son premier long) opte pour une mise en scène plus classique. Fiston du légendaire Sergio Sollima (LA CITÉ DE LA VIOLENCE avec Charles Bronson), le réalisateur s’affranchit de son padre via une approche à la lisière du documentaire. De quoi rendre encore plus immersive cette plongée dans les arcanes de la violence ordinaire. Sauf qu’à trop hésiter entre empathie et mépris pour ses « bastards », le film finit par tourner quelque peu en rond. Sollima ne sait pas quoi faire de ses protagonistes. Symptomatique de cet état de fait : le personnage de newbie qui oscille entre indéfectible sens moral et bavures à faire passer l’inspecteur Harry pour un enfant de chœur ! D’où une certaine difficulté à saisir distinctement la finalité du propos. À défaut de créer un réel malaise, malgré une ambivalence très marquée, A.C.A.B n’en demeure pas moins une passionnante radiographie d’un pays en crise. Jamais complaisant, il dissèque une Italie gangrénée de l’intérieur par la xénophobie et la misère sociale. Et c’est lorsqu’il met dos à dos policiers et classes populaires que le film prend sa vraie dimension. Surtout quand les événements décrits trouvent d’étranges et terrifiantes résonances dans notre actualité. De quoi se demander de quel coté se situe vraiment l’insécurité.

De Stefano Sollima. Avec Pierfrancesco Favino, Filippo Nigro, Marco Giallini. Italie. 1h52. Sortie le 18 juillet

Note de la rédaction : 3





 
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