LAURENCE ANYWAYS : chronique

18-07-2012 - 13:39 - Par

Un homme veut devenir femme : Melvil Poupaud porte avec talent cette chronique inégale mais convaincante.

Xavier Dolan, réalisateur québécois de 23 ans à peine, fait partie de ces personnalités portées aux nues par certains, détestées par d’autres. Sans doute paie-t-il là son ambition démesurée, qu’il affiche fièrement. Ce n’est pas près de s’arranger avec LAURENCE ANYWAYS, film fleuve suivant sur dix ans le destin de Laurence (Melvil Poupaud), trentenaire souhaitant devenir femme. Un désir partagé avec sa compagne Fred (Suzanne Clément), qui va tenter de continuer à aimer cet homme qui ne le sera bientôt plus. Il y avait sans doute fort à dire sur le droit des transgenres et leur intégration dans des sociétés peu enclines à accepter la différence. Le tout début du film, porté par des dialogues vindicatifs lancés en voix off par un Laurence offensif, laisse entendre que Dolan va livrer un brûlot enragé. Malheureusement, ce qu’a à dire le cinéaste, bien que porté par de louables intentions, ne dépasse pas certains lieux communs, et tombe parfois dans des clivages simplistes. La narration, elle, apparaît parfois chaotique, voire artificiellement étirée. Dolan y apparaît incapable d’éluder, là où quelques coupes auraient sans doute amplifié la puissance frontale du récit. Le cinéaste – mettons ça sur le compte de la jeunesse –, semble ne pas toujours savoir quoi dire, et comment le dire. Mais ce que Dolan ne parvient à transmettre intellectuellement ou narrativement, il le fait émotionnellement et esthétiquement. Grâce à la performance toute en subtilité de Melvil Poupaud, il crée avec Laurence un personnage attachant car réaliste, aussi émouvant qu’irritant car pétri de forces et de faiblesses, d’intentions assurées et contradictoires. Une complexité que l’on retrouve également chez les personnages féminins, campés par les fantastiques Suzanne Clément – tout en sex appeal quotidien – et Nathalie Baye – en mère aimante mais distante. Des personnages dont Dolan ne se sert jamais comme de pantins, et pour lesquels son affection est palpable. Le tout enserré dans un esthétisme forcené, où le Québécois prouve l’acuité de son regard. Format 1.33 bien pensé, bande son exaltante et redoutablement utilisée, photographie chiadée et idées de mise en scène bluffantes : LAURENCE ANYWAYS est un véritable festin. Le jour où le talent de scénariste de Dolan sera aussi indiscutable que son brio visuel, ses détracteurs risquent de ne plus avoir grand argument…

De Xavier Dolan. Avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye. Canada / France. 2h40. Sortie le 18 juillet

Note de la rédaction : 3,5





 
Pub
 
 

Les commentaires sont fermés.