LOOPER : chronique

31-10-2012 - 09:43 - Par

Le plus grand blockbuster de l’année est aussi un film d’auteur. Et inversement. Ou comment Rian Johnson s’impose enfin avec brio. Immanquable.

Parmi les satisfactions offertes par la cinéphilie trône celle, toute bête, de voir un réalisateur confidentiel s’émanciper et confirmer de manière tonitruante les espoirs que l’on plaçait en lui. Après Chris Nolan ou Nicolas Winding Refn – pour ne citer qu’eux –, célébrons l’avènement de Rian Johnson. Car, avec LOOPER, il devrait enfin sortir du quasi-anonymat dans lequel il évoluait jusqu’alors, pour entrer définitivement dans la cour des grands. De celle qu’on lui promettait à la vue de BRICK (2005) et UNE ARNAQUE PRESQUE PARFAITE (2008). Délaissant l’intimisme des petits budgets, il se lance dans le blockbuster aux casting et concept affolants, qui en pousserait beaucoup à la compromission. Avec LOOPER, il continue de creuser son sillon : se saisir d’un genre balisé (ici, la SF), qu’il va triturer, tel un alchimiste, pour en tirer un élixir totalement personnel et iconoclaste. Pourtant, LOOPER déborde de référents : citons pêle-mêle le Spielberg de MINORITY REPORT, le Brian De Palma de CARRIE et FURIE, le Cameron de TERMINATOR, ou encore AKIRA. Mais jamais ce bagage ne parasite son identité, Johnson faisant bien davantage que d’exposer ses influences : il les a digérées, comprises, pour mieux les détourner. Pas de redite ici, donc. En opposant un tueur à gages, Joe (Joseph Gordon-Levitt) à son futur lui-même (Bruce Willis) qu’il doit assassiner, il filme un western fantastique aux impressionnantes ramifications métaphysiques. Car ce sont deux hommes profondément différents, et pourtant la même personne, qu’il renvoie dos-à-dos. Chacun étant hanté par ses propres motivations – parfaitement croquées par un script brillant dans l’exposition des enjeux –, Joe 1 et Joe 2 s’affrontent pour savoir lequel des deux imposera à l’autre la voie qu’il a choisie pour son destin. Et accessoirement pour celui du monde qui les entoure. La densité de ce nœud dramatique se révèle insondable, d’autant que Johnson construit son riche édifice avec méticulosité, chaque élément (action, humour, tragédie, violence, effroi, romance) ayant son utilité, ses résonances dans le récit et sur la psyché de personnages multidimensionnels. Pas un moment il ne trébuche dans sa tâche, bien aidé en cela par des interprètes remarquables d’implication. Mieux : il met au défi le spectateur, bouleversant ses habitudes bien rodées via des idées de montage ou de storytelling aussi dingues que brillantes, le poussant au questionnement ou à l’inconfort lors de scènes d’une rare cruauté morale. Dire que pour Rian Johnson, LOOPER s’impose en film de la maturité ne serait qu’un euphémisme ou une formule cliché. Car LOOPER, poignant et exaltant par bien des aspects, est tout simplement une œuvre rare.

De Rian Johnson. Avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt. États-Unis/Chine. 1h50. Sortie le 31 octobre






 
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