COGAN – KILLING THEM SOFTLY : chronique

05-12-2012 - 11:04 - Par

La crise économique à travers la lorgnette du crime organisé, par un Andrew Dominik rageur mais légèrement didactique.

Avec CHOPPER, il étudiait l’histoire vraie d’un des malfrats les plus sanglants d’Australie. Puis, dans L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD, il confrontait l’Amérique aux contradictions de ses mythes fondateurs. Avec ses deux premiers longs- métrages, l’esthète Andrew Dominik, cinéaste peu prolifique, a facilement imposé son regard acéré sur la violence. Ses origines, ses conséquences, ses idéaux viciés. Avec COGAN – KILLING THEM SOFTLY, il continue son travail de dissection des États-Unis entamé dans JESSE JAMES, et conte comment un homme de main de la Mafia, Cogan (Brad Pitt), doit retrouver et punir deux petites frappes ayant braqué une partie de poker clandestine. Comme dans le roman de George V. Higgins que Dominik adapte parfois à la virgule près, COGAN livre un regard microcosmique sur le crime organisé, via une galerie de portraits habilement brossés et interprétés. Mais aussi un scénario verbeux, aux dialogues polis dans leur impétuosité, remarquablement écrits et mis en scène, et dont émergent de courtes mais intenses explosions de brutalité, filmées avec une virtuosité fascinante et répulsive. Ce que tente de gérer Cogan, le tueur aux « méthodes douces » ? Un milieu en crise, dont le fonctionnement est régi par des règles devenues folles et des hommes aussi frileux que des conseils d’administration. À partir de cette observation, plus proche des mélancoliques SOPRANO que des fougueux AFFRANCHIS, Dominik dresse un parallèle passionnant avec la crise économique actuelle. Cogan représentant le nécessaire besoin de régulation du capitalisme. Nous voilà pris au col, prisonniers d’une tension imparable, tant le pamphlet sur la mort – voire l’inexistence pure et simple – du rêve américain s’avère véhément. Dommage que Dominik, visiblement emporté par sa rage, surligne parfois son propos avec ostentation. Higgins finissait son roman sur une touche d’ambiguïté qui en disait presque aussi long sur l’Amérique et sa mécanique dévorante de l’argent roi. Andrew Dominik, lui, parsème son film d’indices voyants – des discours d’Obama, notamment –, menant à une fin en forme d’explication de texte. Comme si COGAN avait peur de sa propre intelligence. Ce qui, au final, le prive de s’élever au rang de chef-d’œuvre intemporel, pour ne se hisser qu’à celui d’excellent polar social commentant l’actualité. Un problème de riches, en somme.

D’Andrew Dominik. Avec Brad Pitt, Richard Jenkins, James Gandolfini. États-Unis. 1h37. Sortie le 5 décembre

 





 
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