ANNA KARENINE : chronique

05-12-2012 - 11:07 - Par

Le réalisateur de REVIENS-MOI dépoussière Tolstoï et livre une œuvre formelle enivrante.

Anna Karenine (Keira Knightley) est l’épouse d’un notable de Saint-Pétersbourg (Jude Law). Alors qu’elle se rend à Moscou, pour réconforter son frère (Matthew Macfadyen) et sa belle-sœur (Kelly Macdonald) dont l’union est mise à mal par des liaisons adultères, elle débute une passion avec Vronski (Aaron Johnson), un officier de l’armée. Adieu les conventions et le quotidien confortable de la bourgeoisie : c’est l’insatisfaction permanente d’un entre- deux tiédasse qui va ruiner sa vie. En parallèle, Levine (Domhnall Gleeson) s’éprend d’une jeune fille bien née qui l’éconduit d’abord puis succombe à son charme. L’amour dans tous ses états : c’est ce que promet ANNA KARENINE, adaptation flamboyante du roman de Léon Tolstoï, fameux pavé de la littérature russe. Joe Wright s’empare du sujet et reste fidèle, dans son traitement narratif, au portrait-somme de son inspirateur. Mais la structure imbriquée du récit est rendue totalement aérienne par une audace esthétique salvatrice, dans l’antichambre du cinéma expérimental. Refusant tout naturalisme, Wright travaille ses transitions au mépris du réalisme et concentre tous ses décors (ou presque) dans un théâtre dont chaque recoin (parterre, corbeille, balcon…) est voué à accueillir une séquence ou plusieurs censées se dérouler à mille lieues l’une de l’autre. Mais ANNA KARENINE n’est en rien du théâtre filmé : c’est du pur cinéma épris de fluidité et de transitions gracieuses et vivaces, aussi ludique que solide, symbolisant l’obsession de la mise en scène des hautes classes sociales russes du XIXe siècle. Pour preuve, l’amour sincère que partagent Levine et Kitty est le seul qui mérite les décors naturels, de grands champs à perte de vue, et la terre fertile pour toute fondation d’une vie sans artifice. Comme une valse sans fin, ANNA KARENINE est toujours en mouvement, porté par une richesse visuelle inouïe et une musicalité grandiloquente. Mais surtout, s’il permet à Keira Knightley de renouer avec les personnages romantiques qu’elle aime à interpréter, il offre à Jude Law probablement son plus beau rôle, celui d’un mari trompé par la mascarade des apparences, cachant sa douleur derrière le masque de la dignité. ANNA KARENINE tourbillonne, de l’insondable tristesse au plus pur des bonheurs, avec une grande classe et autant de noblesse, et trouve l’équilibre parfait entre l’intemporalité de son histoire et l’incroyable modernité de sa forme. Impressionnant.

De Joe Wright. Avec Keira Knightley, Jude Law, Domhnall Gleeson. Royaume-Uni. 2h10. Sortie le 5 décembre

 





 
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