LE HOBBIT – UN VOYAGE INATTENDU : chronique

06-12-2012 - 14:58 - Par

Alors, ce retour en Terre du Milieu ? Pas si inattendu que ça, mais il recèle quelques grands moments.

Outre son caractère épique, ses personnages superbement interprétés, ses thématiques denses et profondes, son riche univers et son production design fouillé, la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX avait également été un triomphe artistique, critique et commercial pour une raison simple : l’incontestable talent de conteur de Peter Jackson. Alors si nous nous enthousiasmions de retourner en Terre du Milieu, c’était surtout pour retrouver ce souffle narratif. Car sur le papier, « Bilbon le Hobbit », conte pour enfants, n’offrait pas grand-chose de significativement excitant. Jugeons plutôt à son pitch : le discret Bilbon le Hobbit est embrigadé par le magicien Gandalf dans une grande aventure, à savoir aider une compagnie de Treize Nains à récupérer le trésor de leur espèce, volé et jalousement gardé par un terrible dragon, Smaug. Le roman faisant à peine 250 pages, on doutait aussi qu’il puisse avoir la densité du SEIGNEUR. Et même si Peter Jackson semblait s’être engagé à reculons sur le projet, la passion dont il faisait preuve depuis dans ses vidéo blog laissait espérer le meilleur. Bizarrement, LE HOBBIT UN VOYAGE INATTENDU trébuche là où LE SEIGNEUR DES ANNEAUX se tenait droit et fier : sur son storytelling. Pour être tout à fait juste, il nous incombe de comparer UN VOYAGE INATTENDU, volet d’exposition, à LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU, qui était lui aussi chargé de nous faire découvrir l’aventure. Or, même de ce point de vue, LE HOBBIT peine. Le sens de l’aventure de Bilbon et des Nains étant bien moins exaltant que celle de Frodon and co, LE HOBBIT manque d’enjeux dramatiques. Jackson a beau rajouter des éléments venant de l’univers Tolkien mais pas du roman per se – deux flashbacks extrêmement réussis et emballants sur le passé des Nains au début du récit – ou tenter de créer une certaine intensité émotionnelle en infusant plus de gravité au destin des Nains (désormais en reconquête d’un foyer et en quête d’existence), LE HOBBIT patine dans sa narration. En véritable jeu vidéo fait film, il se contente parfois d’empiler des séquences de dialogues sur des scènes de bravoure, sans véritable liant, et surtout, sans suspense. Ici, le danger est peu palpable, sans doute parce que Jackson se refuse à livrer des séquences dramaturgiques dignes de la mort de Boromir ou du sacrifice de Gandalf face au Balrog. D’aucuns arguerait que l’on ne juge pas un film sur son prédécesseur. Certes. Sauf que cette comparaison en forme de parasite devient inévitable dès lors que Jackson calque son récit sur celui de LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU. Même structure, mêmes décors pour scènes identiques (une attaque d’ouargues et d’orcs dans la même plaine rocheuse que dans LE SEIGNEUR), correspondances un peu trop voyantes, caméo inutiles d’Elrond et Galadriel etc. Résultat, LE HOBBIT ne déploie jamais de réel souffle narratif ou d’enjeux suffisamment forts pour que l’on s’investisse totalement. Sur 2h45, de nombreux flottements se font donc jour, surtout que le script abuse de ressorts en forme de deus ex machina qui limitent là encore tout sentiment de péril. Heureusement, LE HOBBIT ne se résume pas à ces défauts. Outre les quelques flashbacks déjà mentionnés, qui ancrent le récit dans un large univers toujours aussi fascinant et prenant, le film affiche une galerie de personnages redoutablement bien croqués et interprétés : Martin Freeman campe un formidable Bilbon, Aidan Turner est prometteur en Kili, héros digne de Legolas, et Richard Armitage, avec son charisme évident, s’impose sans problème en Thorin. Jackson offre aussi quelques grandes scènes qui n’ont rien à envier à la précédente trilogie, dont une longue séquence de face à face entre Bilbon et Gollum, qui ouvre le dernier acte du film. Cette dernière demi heure, cette fois pétrie d’émotions véritables, de moments de bravoure exaltants, épiques et chevaleresques s’avère des plus convaincantes, et permet de remettre LE HOBBIT sur des rails bien plus solides. Et laisse donc espérer que les deux prochains volets seront plus assurés dans leur storytelling. Peut-être aussi qu’UN VOYAGE INATTENDU sera à réévaluer une fois la trilogie complète. Une possibilité qui n’est toutefois pas à son avantage : LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU, lui, se concluait sur un véritable sentiment de satisfaction intrinsèque, sans avoir à se reposer rétrospectivement sur LES DEUX TOURS et LE RETOUR DU ROI.

De Peter Jackson. Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen. Etats-Unis / Nouvelle-Zélande. 2h45. Sortie le 12 décembre


 
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