ARBITRAGE : chronique

13-12-2012 - 18:24 - Par

Un banal thriller qui observe le capitalisme et le monde des affaires avec simplisme.

Magnat de la finance, Robert Miller (Richard Gere) doit fusionner sa société de placements avec une grande banque. Pour que l’opération se fasse, il a dû trafiquer ses bilans et travestir ses pertes récentes. Un soir, alors qu’il se rend dans sa maison de campagne avec sa maîtresse (Laetitia Casta), un accident de la route coûte la vie à cette dernière. Robert, qui a fui les lieux, se retrouve traqué par l’inspecteur Bryer (Tim Roth) et va tout faire pour que l’enquête n’entrave pas ses affaires. Parce que se déroulant dans le monde du grand capital et lancé en 2010, deux ans après la crise des subprimes, ARBITRAGE pouvait s’envisager dans la lignée des excellents COMPANY MEN et MARGIN CALL. Deux projets conscients du monde qui les entoure et ayant porté un regard humain, complexe et argumenté  – bien que véhément – sur l’économie globalisée. Oublions illico. Car ARBITRAGE n’est qu’un thriller lambda dont l’intrigue, les personnages et la mise en scène semblent sortir tout droit des années 80 et 90, tendance LIAISON FATALE. Sans grande subtilité, le réalisateur Nicholas Jarecki suit un grand patron qui, sous des dehors avenants, est rongé par son arrogance et son pouvoir. Et peu importe que le script tente par petites touches de lui apporter un peu d’humanité – ses bonnes actions passées à l’égard d’un employé, le fait que ses malversations ne coûtent rien aux épargnants –, Robert Miller a trop d’une marionnette dont la psychologie change au gré des besoins du récit. Peu aidé par un Richard Gere en roue libre malgré son indéniable charisme, Miller ne gagne pas non plus en densité dans ses relations avec autrui. Car tous les personnages avancent ici démasqués, en archétypes rabâchés et convenus : l’épouse bafouée plus machiavélique qu’il n’y paraît (Susan Sarandon), la fille idéaliste horrifiée par les actions de son père (la très douée Brit Marling, qui n’a rien à jouer) ou le flic de gauche qui abhorre les riches (Tim Roth). Ce dernier s’avère l’une des pièces les plus problématiques d’ARBITRAGE, en ce qu’il relaie « le bon sens populaire », pour ne pas dire la vindicte populiste. Heureusement, on parvient à éviter l’ennui total grâce à Nate Parker, jeune comédien vu dans RED TAILS qui, par son aura et son aisance, offre à son personnage d’ex-taulard manipulé un semblant de profondeur et sauve le film du naufrage.

De Nicholas Jarecki. Avec Richard Gere, Brit Marling, Tim Roth. États-Unis. 1h46. Sortie le 12 décembre

 





 
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