DJANGO UNCHAINED : Chronique

16-01-2013 - 09:20 - Par

Après s’être farci les nazis dans INGLOURIOUS BASTERDS, Quentin Tarantino s’attaque à l’esclavage avec un southern complètement dément.

Du gros cinéma. Des plans d’une ampleur jamais vue chez Tarantino. Une mise en scène éclairée, obsédée par la puissance de l’image. Des espaces sauvages que seuls les meilleurs westerns se sont offerts. Et si DJANGO UNCHAINED était le plus opératique des films de QT ? Le plus inspiré ? Là où le réalisateur nous avait déçus avec un INGLOURIOUS BASTERDS inégal, où les bonnes scènes et les mauvaises se succédaient dans la confusion la plus totale, où les diarrhées verbales parasitaient le plaisir (merci le jeu du post-it), son nouveau film est d’une telle maîtrise que le fanboy s’efface derrière le grand cinéaste. Tarantino a parfaitement digéré toutes ses influences japonaises (on pense souvent à Akira Kurosawa lorsqu’il filme la neige ou insère des flash-back) et italiennes (le spaghetti, évidemment) et livre une œuvre à l’identité très marquée. Personnelle. Et malgré ses quelque 164 minutes, il n’y a aucune complaisance. Pas la moindre trace de passages verbeux jusqu’à l’ennui. Le scénario est soigné et rigoureux. Les répliques sont cinglantes, ironiques, assassines. Et notamment celles, presque spirituelles, qu’offre QT à Christoph Waltz. Le comédien autrichien a probablement le plus beau rôle : celui d’un dentiste / chasseur de primes allemand qui émancipe l’esclave Django à des fins personnelles pour finir par l’aider à libérer son épouse du joug d’un dangereux propriétaire terrien. Le Dr Schultz (puisque tel est son nom) est un vrai personnage de cinéma : un témoin extérieur de l’Amérique de l’esclavage, dont le caractère détaché va doucement laisser place à la frustration, à la colère, puis à la justice expéditive. À ses côtés, Jamie Foxx (impressionnant dans la peau de Django) incarne un homme noble, épris de liberté et d’amour, dont la détermination crève autant l’écran que les boyaux de ses ennemis. DJANGO UNCHAINED est une grande histoire d’amour entre deux époux, unis à la vie à la mort, que les Blancs ont décidé de séparer. Il est aussi un buddy movie ultra-agressif, parfois dérangeant, où le sang se répand sans réserve pour dépeindre une époque que l’Amérique traînera toujours comme un boulet. À chaque fois que le mot « Nigger » retentit (sa sur- utilisation dans le film est d’ailleurs sujette à polémique), le fantôme de l’esclavage revient frapper violemment. Qu’il ridiculise les ersatz du Ku Klux Klan aux cagoules de traviole, qu’il lynche les esclavagistes noirs, qu’il rende leur fierté aux opprimés dans le chaos total, Tarantino insuffle à son spectaculaire southern une rage qui est une source de grande exaltation.

De Quentin Tarantino. Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio. États-Unis. 2h44. Sortie le 16 janvier

 





 
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