SHADOW DANCER : Chronique

06-02-2013 - 12:01 - Par

Le conflit anglo-irlandais décortiqué dans un thriller glacial, porté par une immense Andrea Riseborough.

Années 1990. Alors que l’Irlande du Nord et l’Angleterre échafaudent un processus de paix, certains souhaitent perpétuer le combat. Parmi eux, les frères McVeigh (Aidan Gillen et Domnhall Gleeson), qui ont envoyé leur sœur Colette (Andrea Riseborough), mère célibataire, perpétrer un attentat à Londres. L’échec de l’opération aboutit à son arrestation par Mac (Clive Owen), agent intègre et patriote du MI5 qui lui propose un marché : Colette évitera la prison si elle accepte d’espionner ses frères. Qu’il soit traité sur le mode actioner par Hollywood (JEUX DE GUERRE, ENNEMIS RAPPROCHÉS) ou sous les angles politique (HUNGER), humain et/ou historique (LE VENT SE LÈVE, MICHAEL COLLINS) par le cinéma britannique, le conflit anglo-irlandais fait partie de ces thèmes hautement cinématographiques revenant régulièrement sur le devant de la scène. Et ce, même s’il est aujourd’hui résolu. SHADOW DANCER, qui propose un voyage dans le passé, à la période charnière pré-cessez le feu, possède indéniablement un recul des plus confortables pour éviter toute prise de position malheureuse ou tout penchant sentimentaliste. Ainsi, à mi-chemin du pur thriller et du drame familial, SHADOW DANCER se penche davantage sur l’humain que la politique, et entend explorer les évidentes zones de gris inhérentes à ces complexes situations. Comme il l’avait fait dans RED RIDING 1980, James Marsh, connu également pour ses documentaires (LE FUNAMBULE), s’intéresse avec finesse à l’étroite ligne qui sépare la justice de la vengeance, l’honnêteté de la manipulation, la cause de la politique ou le patriotisme du nationalisme. Les personnages qui animent SHADOW DANCER, qu’il s’agisse d’espions faillibles ou de militants vindicatifs de l’IRA, s’avèrent aussi réalistes que fantomatiques. Évoluant dans un contexte où leurs nécessaires prises de position anéantissent toute individualité, ils semblent tous asservis à un destin qui les dépasse. Le récit se fait donc crépusculaire et étouffant, l’esthétique clinique, le tout pour un suspense tendu mais jamais putassier, car dirigé par les émotions contradictoires de ses protagonistes. De cette désincarnation volontaire – et pourtant immersive – émerge la performance ahurissante d’Andrea Riseborough, seule véritable présence charnelle du film, qui le cornaque avec une flamboyance discrète et une puissance émotionnelle fascinante.

De James Marsh. Avec Clive Owen, Andrea Riseborough, Gillian Anderson. Irlande / Royaume-Uni / France. 1h42. Sortie le 6 février

 





 
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