Cannes 2013 : LA VIE D’ADÈLE / Critique

23-05-2013 - 22:49 - Par

D’Abdellatif Kechiche. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis (officiel) : À 15 ans, Adèle a deux certitudes : elle est une fille, et une fille, ça sort avec des garçons. Le jour où elle aperçoit le bleu des cheveux d’Emma sur la grand’place, elle sent que sa vie va changer. Seule face à ses questions d’adolescente, elle transforme son regard sur soi et le regard des autres sur elle. Dans son amour fusionnel avec Emma, elle s’accomplit en tant que femme, en tant qu’adulte. Mais Adèle ne sait pas faire la paix, ni avec ses parents, ni avec ce monde plein de morales absurdes, ni avec elle-même.

Avec LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRE 1 ET 2, Abdellatif Kechiche retrouve deux composantes essentielles de deux de ses précédents films : la prégnance d’un naturel quasi documentaire comme dans L’ESQUIVE, et une certaine façon de décortiquer le quotidien par un prisme ultra narratif, proche du thriller de l’intime comme dans LA GRAINE ET LE MULET. Et ce, afin de suivre le destin amoureux, sur une petite dizaine d’années de la jeune Adèle, de ses premiers émois amoureux à sa passion avec Emma, jeune artiste à la grande conscience sociale. Une adaptation très libre de la BD de Julie Maroh « Le Bleu est une couleur chaude » dans laquelle Kechiche prouve une fois de plus son talent indéniable de conteur. Malgré sa durée (presque trois heures), LA VIE D’ADÈLE ne souffre d’aucun temps mort et affiche une fluidité narrative assez folle, notamment par la grâce d’ellipses extrêmement bien maîtrisées, de dialogues à la spontanéité emballante et d’un renouvellement incessant des enjeux dramatiques. L’éveil d’Adèle – autant à ce qu’elle est en tant qu’individu qu’à sa sexualité – ne peut donc que susciter l’intérêt passionné du spectateur, rivé à l’énergie sans borne de la jeune comédienne Adèle Exarchopoulos. La caméra de Kechiche capte ainsi avec malice et acuité les atermoiements des jeunes femmes, leurs doutes, leurs rêves et leurs sentiments, en une danse romantique et romanesque aussi vibrante que passionnée. Charnelle, aussi. Pourtant, le point de vue du cinéaste s’avère plus difficile à cerner quand il décide de filmer de longues scènes de sexe non simulées, s’accumulant parfois sans réelle raison : si la première se justifie entièrement, et ancre avec brio le feu qui anime les deux jeunes femmes, les nombreuses autres séquences apparaissent moins justifiées, trop mécaniques, comme un rappel superfétatoire. Un certain didactisme – d’aucuns le qualifieront de complaisant, même si le regard de Kechiche n’est ni concupiscent, ni voyeuriste – qui se retrouve également dans la structure de la première partie du film. Les différentes étapes du destin d’Adèle y sont ainsi explicitées lourdement par le prisme de références littéraires : « La Vie de Marianne » de Marivaux (auteur déjà au centre de L’ESQUIVE) pour souligner le vide qui ronge le cœur d’Adèle, « Antigone » de Sophocle pour introduire le début quasi tragique de son épanouissement et enfin « L’Existentialisme est un humanisme » de Sartre pour annoncer son affirmation. Un parti-pris qui enlève à LA VIE D’ADÈLE son naturalisme et l’ancre dans une intellectualisation guère nécessaire à la compréhension du personnage. On regrettera aussi le regard parfois manichéen du film sur les parents d’Adèle – pragmatiques et populaires, ils sont quasiment raillés – et d’Emma – plus bohèmes, ils sont vus avec une bienveillance presque irritante – ou la façon dont le récit a tendance à s’étirer inutilement en longueur dans le dernier acte, pourtant pétri de moments bouleversants. LA VIE D’ADÈLE s’affirme ainsi presque comme un film schizophrène, coincé entre une peinture du réel épatante de simplicité et de justesse d’un côté et une tendance à complexifier voire à sur analyser inutilement les sentiments de l’autre.

D’Abdellatif Kechiche. Avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos. France. 3h07. Sortie le 9 octobre

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