Cannes 2013 : ONLY GOD FORGIVES / Critique

22-05-2013 - 18:20 - Par

De Nicolas Winding Refn. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis (officiel) : À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des Etats-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics …

Deux ans après avoir touché un public plus large avec DRIVE, Nicolas Winding Refn revient avec ONLY GOD FORGIVES, à mi-chemin entre la rigueur mathématique et kubrickienne de BRONSON et le voyage métaphysique de VALHALLA RISING. À la différence de ses précédents films, toutefois, le Danois semble avoir oublié en chemin tout le romantisme qui portait ses héros. La faute à un personnage principal (incarné par Ryan Gosling) dont le seul mystère se résume à un stoïcisme confondant et dont la charge émotionnelle charrie peu d’amour, peu d’empathie, que de la frustration. En effet, Julian – puisque tel est son nom – se coltine une mère hystérique, fraîchement débarquée à Bangkok, lorsque son frère Billy, l’aîné, est assassiné. Il est donc sommé de laver l’honneur de la famille même s’il pense au fond de lui que Billy a peut-être eu ce qu’il méritait. Il faut dire que môman a largement castré ses fils qui ont développé, depuis, un rapport très particulier aux femmes. Julian préfère les pénétrations abstraites ou métaphoriques, lorsque son frangin versait davantage dans le viol et le meurtre de mineurs. Voilà donc un film qui est fort d’une relation filiale particulièrement tordue. Mais il a surtout, comme VALHALLA, une très grande portée religieuse. Car Julian et sa mère, en optant pour la vengeance, vont déchaîner la colère d’un dieu local : Chang, un flic particulièrement énervé contre les hommes qui laissent la prostitution gangréner son pays. D’un coup de sabre, il choisit qui punir, qui laisser en vie, il s’octroie le droit de protéger, de châtier. Et se fera un plaisir d’apprendre le respect à la mère énervée de sa dernière victime en date, autre figure divine d’un culte familial complètement baisé. L’histoire d’ONLY GOD FORGIVES ne va pas bien loin. Mais Refn a toujours préféré les récits simples (voire simplistes) aux scénarios compliqués, on ne va donc pas le blâmer. D’autant plus lorsqu’il lorgne sur la tragédie grecque comme ici. Les atouts de son nouveau film sont pourtant essentiellement esthétiques et métaphoriques. En revanche, il est prisonnier d’un rythme extrêmement lent, non requis par le récit mais infligé arbitrairement par son réalisateur. Peut-être parce qu’ONLY GOD FORGIVES a la dure tâche de rappeler que son prédécesseur, DRIVE, était un produit relativement mainstream (même s’il confine au sublime). Ainsi, pour réaffirmer son style, peut-être Refn l’exagère-t-il un peu, au point de frôler la posture. Et finalement, contrairement à une règle jusque là immuable de son cinéma, tout est un peu froid et désincarné sous sa violence et ses mutismes. Le principal étant de garder en tête que même un film un tout petit peu décevant de Refn reste largement au dessus du lot.

De Nicolas Winding Refn. Avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas. France / Thaïlande. 1h30. Sortie le 22 mai

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