Cannes 2013 : LA VÉNUS À LA FOURRURE / Critique

25-05-2013 - 10:50 - Par

De Roman Polanski. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis (officiel) : Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas (Mathieu Amalric) se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda (Emmanuelle Seigner) surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

À presque 80 ans, après une existence tourmentée, Roman Polanski n’a jamais succombé à l’aigreur ou à la facilité, mais à chaque film il parvient à ce que son amour du cinéma transpire à l’écran. Succède au méchamment drôle CARNAGE, ce réjouissant LA VÉNUS À LA FOURRURE qui a les mêmes contraintes : comme son prédécesseur, c’est une adaptation d’une pièce de théâtre et se retrouve confiné à un seul lieu (un théâtre) et à une poignée d’acteurs (quatre dans CARNAGE, deux dans LA VÉNUS…). Pourtant Polanski s’accapare totalement l’espace pour un film libre et aérien, où les mots fusent dans un humour imparable. Car tout le piquant réside dans le face-à-face entre Vanda (Emmanuelle Seigner), jeune actrice vulgaire, grossière, mais appliquée, et Thomas (Mathieu Amalric, en double rigolo de Polanski), metteur en scène sérieux voire contrit, qui a échoué dans sa quête de l’actrice parfaite pour incarner le personnage principale de sa pièce, « La Vénus à la Fourrure ». À la fin d’une longue journée de lecture et alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui, il constate que Vanda, en retard, bavarde et fagotée comme une prostituée a pris possession des lieux : elle veut son audition. Contraint et forcé, Thomas l’écoute et doit reconnaître que la jeune femme a pris le pouvoir sur la scène et que son magnétisme le trouble. Pire, sa spontanéité le force à désintellectualiser son art et à désacraliser son statut de démiurge. Pour une pièce sur le sadomasochisme, c’est une bonne nouvelle. La mise en abîme est immédiate et Polanski multiplie les parallèles et les correspondances entre le texte et le thème de la pièce et ceux de son propre film, fable incisive sur les relations perverses pouvant lier un metteur en scène et son actrice notamment. Si bien que la double lecture est permanente, plus ou moins finement écrite, et il est évident qu’il en jubile autant que nous. Il y a un élan contagieux dans les dialogues et les interprétations, l’amour des mots et du choc des cultures. Épicurien, LA VÉNUS À LA FOURRURE manifeste d’un vrai talent comique de son réalisateur et de ses acteurs, et multiplie les répliques d’anthologie, qui a valu à la salle ses quelques fous rires. C’est pourtant à l’image d’un film empreint d’un grand classicisme, presqu’intemporel, parvenant par la grâce de ses comédiens et la malice de sa mise en scène à renouveler perpétuellement l’intérêt d’une histoire a priori limitée. Ludique et généreux.

De Roman Polanski. Avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric. France. 1h36. Prochainement

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