Cannes 2013 : TEL PÈRE, TEL FILS / Critique

17-05-2013 - 23:23 - Par

De Hirokazu Kore-Eda. Sélection officielle, en compétition.


Synopsis (officiel) : Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l’hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste…

Avec NOBODY KNOWS et ses enfants abandonnés par leur mère, Hirokazu Kore-Eda avait créé l’un des chocs émotionnels de Cannes 2004 et vit son jeune acteur Yuya Yagira repartir avec le prix d’interprétation masculine. S’il ne serait pas étonnant – et surtout mérité – de voir TEL PÈRE, TEL FILS récolter de nouveau les louanges du jury cette année, il s’affirme en tout cas comme l’un des films qui marqueront cette 66e édition. Comme dans NOBODY KNOWS (mais aussi dans I WISH, sorti l’an dernier), la figure de l’enfance est au centre de TEL PÈRE, TEL FILS, mais cette fois, pour une étude complexe et humaine de la paternité. Devenu père lui-même voilà quelques années, Kore-Eda se penche sur un sujet hautement délicat, qu’il va décortiquer jusqu’à sa dernière fibre et qu’il décrit ainsi dans sa note d’intention : « Est-ce le fait de partager son sang qui fait d’un homme un père ? Ou bien est-ce le temps qu’un père et son enfant passent ensemble ? » L’importance du gène face à celle, moins concret, du lien humain : voilà le cœur de TEL PÈRE, TEL FILS. Pourtant, jamais le film ne s’érige en œuvre théorique. Kore-Eda livre en effet un récit organique et gorgé de vie. Il faut voir ces deux familles réunies par le même drame – l’échange de leurs fils respectifs à la naissance – vivre à l’écran pour comprendre le brio du portrait que fait Kore-Eda du lien familial, qu’il soit filial, paternel ou maternel. Ici, les enfants jouent, crient, s’émerveillent ou s’interrogent en une danse euphorisante, souvent hilarante, devant des parents pétris d’amour et confrontés à un choix d’une cruauté sans nom. Doivent-ils de nouveau échanger leur progéniture pour élever leur véritable fils ? Ou doivent-ils conserver à leur côté cet enfant qui n’est pas le leur, mais qu’ils ont éduqué comme tel ? Ce dilemme, Kore-Eda l’étudie surtout via l’un des deux pères, travailleur forcené et donc forcément absent, aux principes stricts – quand l’autre père s’avère aussi immature que ses enfants. Un homme contrit et dur, dont le cœur se révèle au fil d’un scénario ébauchant par touches subtiles sa psyché troublée, son ambition de ne pas être le raté que fut (selon lui) son propre père. Kore-Eda a le talent suffisant pour ne jamais juger cet homme – tout comme il n’avance aucune préférence quant au type d’éducation à donner aux enfants – tout en dévoilant pourtant toutes ses failles, ses contradictions et évidemment certains de ses préceptes condamnables. Une étude de personnage d’une rare densité et d’une justesse indéniable, ne succombant ni au pathos, ni à la rigueur clinique, incluse dans un récit spontané, où chaque acteur fait preuve d’un naturel bouleversant. Deux heures durant, TEL PÈRE, TEL FILS mène le spectateur vers des territoires ravageurs, du rire le plus franc aux larmes les plus cathartiques. Et l’on imagine parfaitement Steven Spielberg se prendre, tout comme nous, une grosse baffe devant les regards désarmants de ces pères, de ces fils et de ces mères, qui apprendront à la dure que la seule chose qui compte au final reste l’amour inconditionnel.

De Hirokazu Kore-Eda. Avec Fukuyama Masaharu, Ono Machiko, Maki Yoko. Japon. 2h. Prochainement

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