Cannes 2013 : WAKOLDA / Critique

22-05-2013 - 23:36 - Par

De Lucia Puenzo. Sélection officielle, Un Certain Regard.

Synopsis (officiel) : Patagonie, 1960. Un physicien allemand rencontre une famille argentine sur la longue route qui mène à Bariloche où Eva, Enzo et leurs trois enfants s’apprêtent à ouvrir une chambre d’hôtes au bord du lac Nahuel Huapi. Cette famille modèle ranime son obsession pour la pureté et la perfection, en particulier Lilith, une fillette de 12 ans trop petite pour son âge.
Sans connaître sa véritable identité, ils l’acceptent comme leur premier client. Ils sont peu à peu séduits par le charisme de cet homme, l’élégance de ses manières, son savoir et son argent jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils vivent avec l’un des plus grands criminels de tous les temps.

En adaptant au cinéma son propre roman éponyme, la cinéaste argentine Lucia Puenzo (XXY, Grand prix de la critique à Cannes 2007, EL NINO PEZ) avait tout pour diriger un projet fascinant sur un sujet qui l’est tout autant : l’exil de grands criminels de guerre nazis en Amérique Latine et leur cavale incessante pour échapper aux agents israéliens chargés de les arrêter et de les traduire en justice. D’autant que WAKOLDA s’intéresse à l’un des plus terrifiants dignitaires du régime hitlérien : le docteur Josef Mengele, chantre de l’eugénisme obsédé par la perfection biologique. La bonne idée de Puenzo est sans conteste de confronter cette figure démoniaque à une famille lambda (et fictive) ne connaissant rien de la véritable identité de cet homme affable qu’ils rencontrent un jour sur une route patagonienne. L’occasion pour Puenzo de se pencher sur la façon dont les pays d’Amérique Latine ont accueilli les criminels nazis et ainsi mettre dos à dos le banal et l’horreur, le quotidien et l’extraordinaire – aussi ignoble soit-il. De cette friction se crée une véritable tension, mais aussi une grande part de manipulation. Le spectateur n’étant jamais dupe, il assiste impuissant à l’utilisation de ces innocents par Mengele, donnant au film des atours de thriller qui, par une certaine efficacité, crée l’inconfort. Sans que cela soit nécessairement un atout, tant il a tendance à lorgner vers le pathos… Surtout, Puenzo ne parvient jamais à se saisir d’une réelle ligne directrice pour son film. On trouve ici un portrait de Mengele et des théories eugénistes nazies, ainsi qu’une peinture de l’Argentine d’après-guerre, un drame familial aux tenants et aboutissants trop peu exploités, un récit historique sur la traque des criminels nazis – via le formidable personnage, lui aussi traité sans grande profondeur, de Nora Eldoc, véritable agent israélienne qui à elle seule aurait mérité son film. Trop de pistes qui font la richesse de WAKOLDA, certes, mais qui ne sont jamais explorées avec la densité que chacune mériterait, et qui donne au résultat final l’apparence d’un croquis un peu foutraque dont on n’aurait pas encore éclairci les traits.

De Lucia Puenzo. Avec Natalia Oreiro, Alex Brendemühl, Diego Peretti. Argentine / France / Espagne / Norvège. 1h30. Prochainement.

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