Cannes 2013 : LE CONGRÈS / Critique

16-05-2013 - 21:29 - Par

D’Ari Folman. Quinzaine des réalisateurs.


Synopsis (officiel) : Robin Wright, qui joue Robin Wright, se voit proposer par la Miramount d’être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu’elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques…

Ari Folman avait eu une approche quasi documentaire avec VALSE AVEC BACHIR, au propos engagé, conférant au média animation une dimension utile : celle de pouvoir raconter l’histoire a posteriori, sans user d’onéreuses reconstitutions. Cette fois, le réalisateur d’origine israélienne l’utilise pour projeter ses peurs du futur, via une chronique d’anticipation censée créer une prise de conscience sur l’avenir mortifère du cinéma. C’est son seul moyen de dépeindre ce que sera le monde dans vingt ans, quand les acteurs auront confié leur image et leur jeunesse à la technologie numérique et que le rêve sera si désincarné qu’il faudra user de bien des psychotropes pour pouvoir s’évader. Si nous avions rejeté le propos pessimiste asséné par Leos Carax dans HOLY MOTORS, pourquoi plus l’accepter d’Ari Folman ? Non pas qu’on pense qu’il ait totalement tort : le cinéma va changer et pas forcément pour le meilleur. Mais LE CONGRÈS n’est pas bien finaud sur le sujet et déclame sa thèse à grand renfort de dialogues explicatifs et de phrases définitives, qu’il met en bouche de comédiennes fragiles (forcément) ou de producteurs totalitaires (id.) dans un manichéisme épuisant. Pourtant, tout avait bien commencé. Une première partie en live action, pendant laquelle Robin Wright – symbole des actrices pour qui sonne le glas, les quarante ans passés – doit défendre son droit de vieillir et justifier les choix de carrière hasardeux qui l’ont parfois empêché d’atteindre une popularité « à la Nicole Kidman ». L’émotion véhiculée par les quelques rides qui embellissent son visage d’aujourd’hui et par son regard que les années ont rendu terriblement profond est intense. Elle est là, perdue dans un système qui vise à sacrifier le cinéma sur l’autel du tout digital, face à son agent – d’un autre âge – (Harvey Keitel) qui ne voit d’autre issue que mettre la clé sous la porte et face à un producteur (Danny Huston) qui épingle tous ses défauts, lui promet un regain de popularité si elle renie son métier, et cristallise le cynisme de l’industrie. « Je veux faire revivre la Robin Wright de PRINCESS BRIDE », lui crie-t-il, épinglant ensuite sa manie peu judicieuse de choisir ses maris (drôle, donc, dans le cas de l’ex-Mme Penn). Un état des lieux inquiétant mais malin, que l’humour distillé sauve du discours pontifiant. Puis, par des choix artistiques arbitraires, Ari Folman projette le récit vingt ans plus tard, en 2033, quand le monde pourra troquer son âme pour un avatar numérique. Le film devient alors une animation peu gracieuse, assez cauchemardesque (entre l’imagerie du court-métrage tiré de « Love is All » de Ronnie James Dio et celle des vieux Disney un peu glauques), embourbé dans des thèses new age et des rebondissements erratiques. Une partie qui anticipe une société tyrannique où les studios de cinéma chercheraient encore davantage à marier marketing et illusion d’honnêteté, toujours au détriment de l’humain mais arguant qu’il s’agit là du sacrosaint progrès. Le propos est confus, l’image est vilaine, Ari Folman n’a plus de recul, plus envie de rire, et le film devient terriblement imbu de lui-même avec ses grandes phrases et ses certitudes plombantes. Ce n’est pas tant le message du CONGRÈS qui irrite (au contraire), mais cette manière extrêmement tarabiscotée et faussement sophistiquée de le transmettre. Tout aurait pu être tellement plus simple.

D’Ari Folman. Avec Robin Wright, Harvey Keitel, Danny Huston. États-Unis. 2h00.
Sortie le 3 juillet



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