Toronto 2013 : MAN OF TAI CHI / Critique

10-09-2013 - 12:05 - Par

De Keanu Reeves. Avec Keanu Reeves, Tiger Chen, Karen Mok. Special Presentations.

Pitch : Tiger Chen, jeune disciple d’un grand maître du Tai Chi, entend bien prouver que cet art martial peut servir à se défendre, voire à combattre, alors qu’il est souvent cantonné à de la simple représentation folklorique et / ou méditative. Un jour, alors qu’il participe à un tournoi, il est repéré par Donaka Mark, un puissant homme d’affaires qui dirige un cercle de combats clandestins. Appâté par les sommes qu’on lui propose, Tiger Chen accepte de se battre pour le compte de Mark, sans savoir que la police est aux trousses de ce dernier en raison de sa tendance à mener ses poulains dans des combats à mort…

Keanu Reeves ne s’est jamais remis de MATRIX. Cette déclaration n’a rien de péjoratif, elle ne commente même pas l’état de la carrière de l’acteur ces dix dernières années. En revanche, impossible de ne pas se dire que, depuis qu’il a été Neo et a tâté du kung fu, Reeves s’est franchement entiché des arts martiaux et leur a donné une place centrale dans sa vie et son imaginaire. En témoigne cette première réalisation, MAN OF TAI CHI, qui n’a pas grand-chose à voir avec la trilogie des Wachowski certes, mais sur laquelle Keanu collabore avec Tiger Chen (ancien cascadeur et ici acteur principal) et le légendaire Yuen Woo Ping (coordinateur des combats), qu’il avait rencontrés sur… le plateau de MATRIX. La démarche de Reeves ne peut être taxée d’opportunisme : au lieu de récupérer bêtement toute une culture – comme l’ont fait trop de cinéastes du monde entier – Keanu a choisi de tourner MAN OF TAI CHI en Asie, en partie en Cantonais et en Mandarin, avec des acteurs du cru. Et histoire d’enfoncer le clou, il se donne le rôle du bad guy. On ne peut donc aborder ce coup d’essai qu’avec énormément de bienveillance et une bonne grosse dose de curiosité. Surtout que le néo réalisateur (sans mauvais jeu de mots), avait teasé sec en promettant dix-huit scènes de baston pour quarante minutes d’action. De ce point de vue, le contrat est rempli haut la main : on assiste à une multiplication assez étourdissante de combats, où se côtoient divers styles martiaux, en des ballets aussi brutaux que gracieux. Reeves, en engageant des acteurs rompus à la castagne, se permet ainsi de ne pas surdécouper et privilégie les plans larges, le tout pour des séquences à l’énergie bluffante et à l’efficacité imparable. Mieux, en leur donnant une place prépondérante dans le récit, il leur laisse tout le temps de se déployer et d’acquérir un vrai sens dramatique. Dommage, donc, que l’histoire même de MAN OF TAI CHI ne suive pas cette excellence visuelle : le récit accumule nombre de clichés éculés ou de facilités scénaristiques et sombre parfois clairement dans le bis. À l’image du personnage campé par Reeves lui-même. Pourtant, difficile d’en tenir rigueur à MAN OF TAI CHI, tant le projet semble mu par un amour véritable et assez euphorisant pour la série B, dans tout ce qu’elle peut avoir de noble. Surtout que, en dépit de ces atours parfois bancals de produit nostalgique des 80’s, MAN OF TAI CHI livre une réflexion plutôt intéressante sur la façon dont l’Occident – et notamment l’ultimate fighting – a peu à peu perverti l’esprit même des arts martiaux asiatiques en en faisant des outils de violence vidés de tout leur sens spirituel. Autant dire que pour sa première réalisation, Keanu Reeves frappe plutôt fort. Et juste. On attend donc la suite de sa carrière de cinéaste avec impatience.

De Keanu Reeves. Avec Keanu Reeves, Tiger Chen, Karen Mok, Simon Yam. États-Unis / Chine / Hong Kong. 1h40. Sortie le 1er janvier 2014

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