Review BD : LES AVENTURES DE BERTRAND KEUFTERIAN n°4

09-11-2013 - 23:21 - Par

Le wannabe chasseur d’aliens revient pour un quatrième épisode au dynamisme visuel bienvenu et posant des bases alléchantes pour les prochains volets.

Précédemment, dans « Bertrand Keufterian » : après une invasion alien ratée, les extraterrestres sont confinés dans certains points du globe. Parmi eux, la ville de Metz. Depuis ces événements, des Traqueurs d’Aliens mènent la vie dure aux créatures de l’espace afin de les empêcher de créer le chaos dans les zones où ils ont été assignés. Bertrand Keufterian, trentenaire célibataire franchement loser se met en tête de devenir un Traqueur. C’est que cette caste est devenue très prestigieuse grâce à une télé réalité qui suit leurs aventures… Lorsqu’un attentat détruit les murs d’une enceinte abritant des aliens, Bertrand ne réfléchit pas et sauve une fillette. Devenu la coqueluche des médias, il intéresse également l’énigmatique candidat à la mairie de Metz, Patrick Souillard.

En juillet 2012 sortait le troisième épisode des AVENTURES DE BERTRAND KEUFTERIAN, BD dont nous suivons l’évolution depuis sa genèse. Il faut dire que, totalement indépendant, ce projet a le mérite de se nourrir de toute une culture pop issue des années 90, tout en gardant une véritable identité française. Ne serait-ce que par son décor – la ville de Metz – mais aussi par sa capacité à ne pas singer ses références et à user d’un langage aussi naturel qu’actuel. Après un troisième volet qui recelait de jolies surprises – et notamment l’ébauche d’un background politique, médiatique et social intrigant et parfaitement dosé –, on attendait de pied ferme ce quatrième épisode. Une fois tournée la superbe couverture signée Gérard Parel (« Iron Man : Year One »), très X-FILES dans l’âme, les premières pages reprennent presque là ou BK3 s’achevait. Presque car, avec malice, les scénaristes Carlos Rodrigo et Guillaume Matthias effectuent un léger retour dans le temps, pour faire glisser le point de vue. Une manière de jouer avec leur narration qui n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, les trucs et astuces utilisés dans les débuts d’épisodes de la série ALIAS. On retrouve donc l’univers avec plaisir, même si visuellement, une certaine lassitude peut presque s’opérer. Car si le trait de Matthias (en charge du dessin et de l’encrage) s’est encore affiné, s’il sait manier avec talent le dénuement de certaines cases pour créer l’humour ou retranscrire la lose qui caractérise son anti-héros, les premières pages ne livrent guère de surprises par rapport aux trois premiers volets. Jusqu’à ce que survienne la dixième page, où un dynamitage (esthétique et littéral) a lieu. Soudainement. Enfin, Guillaume Matthias se lâche pleinement et lorgne clairement vers ce qui fait l’efficacité des comics US : une volonté de laisser parler l’image, de laisser le cadre exploser, de bâtir un rythme de lecture s’imposant de lui-même. C’est sans conteste le point fort de ce quatrième épisode : la façon dont Matthias construit soigneusement l’allure de son récit, via une plus grande variété de composition et d’agencement des cadres. À ce titre, qu’il soit classique (p.12-13) ou plus frénétique (p.15), l’agencement des cases apporte à BK4 une limpidité de lecture et un dynamisme engageant. Surtout que surgissent quelques beaux moments esthétiques (la double page 18-19, où Matthias laisse entrevoir son envie d’en découdre visuellement) et quelques références délectables (ce fœtus alien, on ne l’aurait pas déjà vu dans X-FILES ?). D’un pur point de vue narratif, BK4 continue d’installer sa mythologie, élargit vers des horizons « conspirationnistes » alléchants mais malheureusement, a parfois tendance à un peu trop temporiser. Là où le lecteur aurait franchement aimé en savoir plus… Rien de bien grave ou de rédhibitoire, dans la mesure où, comme dans BK3, l’épisode se conclut par quelques pages dessinées par un artiste invité, Ismaël Bâ, qui relance la machine et bâtit une ambiance sombre et cauchemardesque, d’où surgit un humour très graphique (on y dénote aussi un certain amour d’X-Men et du FPS). En épilogue, Guillaume Matthias confie que BK4 conclut le premier arc de la série, qui comptera huit volets. Et avoue que, ce qui suit est vraiment l’histoire qu’il souhaitait raconter. Le cœur de son récit, en somme. On a hâte de le découvrir. Mais ce ne sera pas avant… 2015.

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