Cannes 2014 : MOMMY / Critique

22-05-2014 - 10:00 - Par

De Xavier Dolan. Sélection officielle, en compétition.


Pitch officiel : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent profondément turbulent. Ensemble, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de la mystérieuse voisine d’en-face, Kyla.

Après avoir « puni [sa] mère » avec J’AI TUÉ MA MÈRE, Xavier Dolan, réalisateur canadien de 25 ans, entend bien, cinq ans après, « la venger ». MOMMY est donc un film à la gloire des mamans, ces femmes balèzes qui ne sont qu’amour, dévotion et abnégation pour leurs enfants et violence pour ceux qui les menacent. La « mommy » de MOMMY, Diane (Anne Dorval, au-delà des superlatifs) a fait sa vie autour de son fils Steve (Antoine Olivier Pilon, prix d’interprétation potentiel), un gosse atteint de troubles émotionnels graves. Steve et sa mère ont une relation unique : fusionnelle, sanglante, amicale. Et quand Steve pense que sa mère va moins l’aimer, il voudrait être aussi son mec. Alors, il met sa main sur la bouche de Diane et embrasse cette main. Elle est une femme parfois adolescente, il est un petit homme. Ils ruent dans les brancards, seuls contre le monde qui ne leur fait pas de cadeau. Et parfois, ils lancent un morceau de Céline Dion et dansent ensemble. Et Xavier Dolan filme ça comme si c’était le plan d’une vie, comme s’il voulait mettre toute la poésie du monde dans ce cadre carré qui enserre ses personnages. Des moments de beauté indicible, MOMMY en regorge. Dolan est un cinéaste extrêmement conscient de la puissance du cinéma et surtout de la puissance de ses propres images. Son film est donc un über-film, non seulement narratif (et sublime dans ce qu’il raconte), mais soucieux d’impacter le cinéma en poussant à son paroxysme son pouvoir d’exaltation. Allez comprendre comment à 25 ans, ce type peut toucher du doigt un art total… À mi-parcours, et sans rien vouloir dévoiler, Steve et MOMMY s’affranchissent ensemble des codes dans un choix de mise en scène (de cinéma même) qui a littéralement coupé le souffle de la salle et soulevé des applaudissements venus du cœur. Dolan ne libère pas que son personnage, il soigne aussi les spectateurs, ce qui tient du miracle.
En creux, il y a un deuxième film, intimement rattaché au premier : celui sur Kyla (parfaite Suzanne Clément), mère de famille dépressive, au fils absent, qui vit en face de Diane et Steve. Elle est celle qui va aider à les souder et goûter à leur bonheur un peu dingue. En même temps, elle abandonne son propre mari et sa propre fille. Mais on ne le voit jamais vraiment. Être une mère, c’est un sacrifice de tous les instants. Mais Dolan, qui admire et adore ce sacrifice, a une tendresse particulière pour celles qui décrochent parfois. En plus ça l’arrange : en extirpant Kyla de sa jolie famille et de son mari à lunettes, Dolan lui offre l’opportunité d’être le deuxième parent de Steve qui a besoin de stabilité. Après tout, peu importe qu’il n’ait pas de papa, tant qu’il est aimé, Steve va plutôt bien. MOMMY bouleverse autant par la joie entière qu’il veut procurer, par ses images d’une force dévastatrice, par ses comédiens par trop attachants et par son histoire qui vous marque au fer rouge. Le grand film passionnel de la compétition.

De Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément. Canada. 2h14. Prochainement

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