Cannes 2014 : SILS MARIA / Critique

23-05-2014 - 15:24 - Par

D’Olivier Assayas. Sélection officielle, en compétition.

Synopsis officiel : À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. 
Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l’autre côté du miroir, dans le rôle d’Helena…

À la lecture du pitch, on pouvait s’attendre à ce que SILS MARIA soit une variation autour d’ALL ABOUT EVE (ÈVE en VF). Mais la nouvelle réalisation d’Olivier Assayas s’avère plus qu’une simple révérence au classique de Joseph L. Mankiewicz et s’impose en véritable expérience méta. Ainsi, dans SILS MARIA, Juliette Binoche pourrait parler d’elle-même, une actrice française respectée – jugée ‘intello’– et courtisée pour des blockbusters américains. Mais aussi de toutes les actrices de plus de quarante ans luttant pour conserver leur jeunesse et leur liberté face à une industrie dévorante et amnésique. Kristen Stewart, en jouant l’assistante personnelle d’une star, pose un regard sur son propre statut mais voit également sa vie privée décortiquée sans fard dans le personnage campé par Chloe Moretz. Assayas pousse même l’expérience de dissolution du réel dans la fiction jusqu’à offrir à Stewart l’opportunité de commenter la vie de cette jeune diva douée, rebelle, plaquée par son mec pour l’avoir trompé en public. « Au moins, elle n’est pas aseptisée comme le reste d’Hollywood », lance-t-elle. Sa force, SILS MARIA la tire donc de ses multiples niveaux de lecture, où se télescopent fiction et réalité, discours distancié et commentaire affirmé, réflexion sur le travail d’actrice et mise en abîme de la vie des comédiennes du film, cinéma (au théâtre ?) et théâtre (au cinéma ?), classicisme intemporel et modernité factice. Jusqu’à cet ultime niveau, fascinant : Val (Stewart) aide sa patronne Maria (Binoche) à répéter la pièce « Le serpent de Maloja », qui, dans ses rapports dominant / dominé, séducteur / séduit, rejoue leur relation-même. Véritable film gigogne, SILS MARIA accumule les références pop rigolotes – les rumeurs de casting sur les blockbusters super-héroïques – ou plus ‘militantes’ – l’affirmation du gossip comme information avérée. Pas franchement jeu de massacre non plus (et tant mieux), SILS MARIA peine parfois par excès d’ambition et, peut-être qu’en multipliant les passerelles entre fiction et réalité, Assayas pousse davantage le spectateur à réfléchir qu’à ressentir le destin de ses héroïnes. Il n’en demeure pas moins que le duel Binoche / Stewart, qui constitue 80% du film, fonctionne redoutablement. Kristen Stewart, dans le meilleur rôle de sa carrière à ce jour, livre même une performance d’une solidité impériale face à l’ogresse de charisme qu’est Binoche.

D’Olivier Assayas. Avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloe Moretz. France. 2h03. Sortie le 20 août

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