Cannes 2014 : ADIEU AU LANGAGE 3D / Critique

22-05-2014 - 10:25 - Par

De Jean-Luc Godard. Sélection officielle, en compétition.

Synopsis officiel : Le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s’aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L’homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L’autre est dans l’un. L’un est dans l’autre. Et ce sont les trois personnes. L’ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l’espèce humaine on passe à la métaphore. Ça finira par des aboiements. Et des cris de bébé.

Les autorités du Festival l’avaient annoncé : ADIEU AU LANGAGE était le gros événement de l’édition 2014, puisque sa sélection marquait le retour de Jean-Luc Godard en compétition, treize ans après ÉLOGE DE L’AMOUR. Et tant pis si, toujours ennuyé par ses soucis de type grec, le cinéaste avait de nouveau décidé de ne pas venir sur la Croisette, assurant dans la presse être intéressé ni par sa sélection ni par le moindre prix. L’hystérie collective provoquée par la programmation du Godard lors d’une séance unique d’après-midi – bousculade, cris, courses effrénées dans les couloirs pour trouver une place dans la salle, disputes et insultes autour des bacs à lunettes 3D – laissait entendre que ADIEU AU LANGAGE était bel et bien très attendu, était bel et bien un événement. Alors qu’en fait, ADIEU AU LANGAGE réifie une dichotomie vieille comme la Nouvelle Vague et une lutte de tranchées insoluble : les fans transis aimeront quoi qu’il arrive, les autres hurleront à la purge sans nom. Les premiers diront que les seconds sont des cons. Les seconds diront que les premiers sont des snobs. Est-il donc possible de critiquer ou chroniquer ADIEU AU LANGAGE ? Est-ce seulement utile et pertinent ? Oui, pour au moins une chose : dire que Godard, aussi irritant puisse-t-il être, demeure un inventeur. Avec ses moyens ultra réduits et uniquement armé de son envie et de sa créativité, il délivre dans ADIEU AU LANGAGE l’un des plans en 3D les plus impressionnants et inventifs qu’on ait vus sur un écran : en superposant deux plans en relief, Godard propose une image stupéfiante, jamais vue, dont on ne sait que faire tant elle agresse les yeux et met à mal les neurones. Qui peut encore se targuer de tel exploit inédit ? Ils sont rares et Godard en fait donc encore partie. Ici et là surgissent d’autres plans intrigants voire troublants – un visage en surimpression, comme fantomatique, sur le corps d’un homme. Mais au-delà, impossible de voir en ADIEU AU LANGAGE autre chose qu’un vain trip à l’intelligibilité toute relative. Voire parfois franchement bas du front dans sa grivoiserie enfantine. Une femme qui pète en faisant sa lessive ? Check. Un homme qui défèque devant sa femme nue en lui lançant ‘La pensée retrouve sa place dans le caca’ ? Check. Des phrases imbitables lancées à la cantonade comme, ‘Monsieur ? Est-il possible de produire un concept d’Afrique ?’ ou comme ‘Pas la peine d’aller sur Google. Soljenitsyne a trouvé tout seul’ ? Check. Certes, on s’amuse de l’ironie de certaines saillies verbales (‘La société est-elle prête à accepter le meurtre comme moyen de faire reculer le chômage ?’) et on sombre dans le kikou-lol devant la tendresse avec laquelle Godard filme son chien. Mais de là à dire qu’ADIEU AU LANGAGE promet une expérience de cinéma agréable ou même un tant soit peu compréhensible, non. Pas pour nous, en tout cas. Alors, en guise de critique lapidaire, on pourra résumer notre avis sur cet ego-film avec deux de ses répliques : « Il déteste les personnages » – Godard refuse tout storytelling, met en scène des humains désincarnés et délivre plus un cours de philo qu’un film – et « Va falloir qu’on engage un interprète ». Ou alors cesser d’aller voir les films de Godard. Ça lui fera sans doute une belle jambe. Et à nous des vacances.

De Jean-Luc Godard. Avec Héloïse Godet, Zoé Bruneau, Kamel Abdelli, Richard Chevalier, Jessica Erickson. France / Suisse. 1h10. Sortie le 28 mai.

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