Cannes 2014 : THE HOMESMAN / Critique

18-05-2014 - 11:59 - Par

De Tommy Lee Jones. Sélection officielle, en compétition


Synopsis officiel : En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de Georges Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente. Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière américaine.

Tommy Lee Jones est élégant. Avec son point de vue d’homme, plus tout jeune (67 ans), bougon, bourru, il vient de réaliser un film très agressif dans son féminisme, prenant ainsi le parti des femmes contre les hommes. En avaient-elles besoin ? Oui, car la pression que leur inflige la société aujourd’hui n’est pas si différente de celle que le XIXe siècle (époque du film) leur infligeait. « Elles ont subi de la vie plus qu’elles ne peuvent le supporter » dit l’ecclésiaste, désignant trois folles qu’il faut transférer en Iowa pour les soigner. Mais comme dans THE HOMESMAN, les hommes courageux et dévoués sont rares, mais les narcissiques et les lâches sont répandus, ce sera donc une femme qui mènera le convoi, dans des contrées dangereuses. Laquelle ? Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), une pionnière célibataire, qui demande les hommes en mariage parce qu’une femme ne doit pas vivre seule, parce que c’est pratique d’être deux, surtout quand il y a du travail à la ferme. Mary Bee n’est pas le genre sur lequel on a l’ascendant. Elle est désespérément indépendante et autonome. Le romantisme relégué au rang de coquetterie, THE HOMESMAN est un film rongé par la tristesse : la frontière entre la vie et la mort est si fine qu’elle rend fou. Soit on succombe à cette folie soit on se drape dans la solitude. Ainsi, à une époque où aimer est une source de souffrance, les femmes de Tommy Lee Jones ont toutes une croix à porter : la fertilité et la maternité. Voire leur féminité. On leur nie, on la viole, et notre réalisateur filme ça en face, sans ambages. Il y a beaucoup de scènes très dures dans THE HOMESMAN, beaucoup de cruauté comme le reflet des malheurs de cette vieille Amérique rurale. Jones s’offre le seul rôle masculin noble du film, George, une sorte de grigou, présenté d’abord comme un pathétique chouineur, qui, le temps d’un voyage auprès d’une famille de fortune, va devenir un justicier et retrouver la dignité du plus respectable des hommes. Entre temps, il formera avec Mary Bee, un couple insolite construit dans le rapport de force puis dans l’affection. Mais George est un pragmatique dans une époque extrêmement concrète et s’il est a priori un personnage de western (son premier plan le présente la corde au cou sur un cheval qui menace de détaler et de le pendre), il deviendra irrémédiablement un héros de tragédie, le témoin agacé et résigné de l’intolérable condition féminine. THE HOMESMAN est d’autant plus poignant que son réalisateur semble lui aussi déchiré entre la colère et la contrition. Il est de la responsabilité de tous de protéger ce qu’il y a de pur dans ce monde, voici ce qu’il dit.

De Tommy Lee Jones. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Jesse Plemons. Etats-Unis/France. 2h02. Sortie le 18 mai



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