Cannes 2014 : PARTY GIRL / Critique

15-05-2014 - 15:31 - Par

De Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis. Sélection officielle, Un Certain Regard, ouverture

Synopsis officiel : Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

PARTY GIRL, c’est l’entrée fracassante d’un trio de jeunes réalisateurs (deux filles et un garçon) dans le circuit du cinéma français. Nu de tout artifice, leur film se love à la frontière entre la France et l’Allemagne, et entre deux langues, le français et l’alsacien, un endroit baigné dans la culture du bon vivre. Un esprit festif, houblonné, qui tranche avec le gris du décor. Inexorablement, Angélique, danseuse de cabaret sexagénaire, noie sa peur de vieillir dans l’alcool. Est-il temps pour elle de se ranger ou au contraire en a-t-elle peur ? En lui proposant le mariage, Michel (Joseph Bour), son ancien client éperdument amoureux d’elle, l’aidera à trouver la réponse. En la suivant à la trace, au plus près de son visage tapé par les excès et la vie nocturne, surmaquillé de bleu et de noir, Amachoukeli, Burger et Theis veulent tirer le portrait d’une femme qui, le temps de quelques semaines, va reconstituer un noyau familial éclaté, fait notamment de quatre enfants, quatre produits de l’amour d’une nuit dévoilant chacun sur leur tronche et dans leurs manières un père différent. Ils sont autant d’indices de la vie riche d’Angélique, cette vie qu’elle va devoir laisser derrière elle avec ses copines du cabaret. De la sobriété émotionnelle de ses personnages, PARTY GIRL tire une sublime retenue, une économie de mot, une simplicité d’action. Il n’y a que des états d’âme, des tatouages de tête de loup à l’encre passée, quelques dialogues rêveurs, sans compter – parce que ce petit monde reste en fort en gueule – des engueulades bien senties. La tension monte : Angélique n’est pas à l’aise avec cette histoire de mariage même si autour d’elle, on aime la manière dont elle « essaie » de changer. Ce conflit intérieur, suffocant sous le regard qu’on porte sur elle, c’est toute la beauté de ce film hyper naturaliste… qui a un défaut : le point de vue de ses réalisateurs. Beau et simple d’abord, il se hisse au-dessus des personnages et de l’histoire et on décèle au final une forme d’abus de pouvoir sur le film et un manque d’altruisme. Comme si, après avoir offert une grosse dose d’humanité pendant une heure et demie et beaucoup de générosité (notamment via sa bande originale chamallow faite de « Still Loving You » et d’une version allemande de « Laisse-moi t’aimer »), il fallait tout écraser, parce qu’on le peut et pour le « bien » du réel.

De Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis. Avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis. France. 1h35. Sortie le 3 septembre

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