Cannes 2014 : FLA / Critique

16-05-2014 - 18:54 - Par

De Djinn Carrenard. Semaine de la Critique.

Synopsis officiel : Laure est une hôtesse de l’air qui veut faire un enfant. Oussmane est un musicien qui veut devenir un artiste reconnu. Kahina est une détenue en permission pour Noël, qui veut revoir son fils. Ils vont se rencontrer, se rapprocher, se soutenir, s’affronter, dans la poursuite de leurs rêves. Et ensemble, ils vont tenter de répondre à cette question : Comment l’amour se construit-il? Comment faire l’amour ?

Au départ, le geste de la Semaine de la Critique était beau. Offrir la prestigieuse ouverture au second long-métrage de Djinn Carrenard tient vraiment de la croyance en la vigueur et la force d’un certain renouveau du cinéma français. Carrenard et sa bande ont incarné avec DONOMA une sorte de bouffée libertaire dans l’univers culturel français. La passion en étendard, la débrouille et la persévérance comme armes de conviction massive, le cinéma guérilla du jeune réalisateur avait quelque chose de très attachant, à défaut d’être totalement convaincant. On se disait qu’avec un producteur et une vraie structure, tout cela allait prendre forme. Hélas, FLA a démontré tout le contraire. Ne pouvant plus se cacher derrière le concept de « production » de son film, le jeune réalisateur aurait dû ordonner, repenser, re-concrétiser son cinéma. Au lieu de cela, le film, très vite horripilant, semble être le résultat d’un chèque en blanc incontrôlable. Si pendant une heure, on reste intrigué et plutôt amusé du style superfétatoire de cette mise en scène qui ne s’interdit rien, on finit par ronger le fauteuil, quand au bout de deux heures et quelques on comprend que tout ça tient plus de l’ego-trip qu’autre chose. Carrenard filme pour filmer. Il veut épuiser à la fois le réalisme mais aussi l’artifice. Comme dans une sorte de mash-up infernal des cinémas de Kechiche et de Godard, le jeune réalisateur croit que la beauté du geste excuse tout. On veut bien tolérer ces longues séquences de disputes redondantes sous prétexte de réalisme. On veut bien accepter cette image granuleuse et déformée, souvent vue à travers un viseur improbable au nom de l’expérimentation. Mais à quoi bon ? C’est tout le drame de FLA qui épuise très vite toutes ses cartouches. On a beau nous parler d’Amour, ce n’est que Carrenard que l’on voit. Et quand le film se termine dans un marasme de fins successives, une question revient : tout ça pour ça ? On sort déçu et épuisé de ce film qui aurait pu être bon. Mais si Carrenard se rêve en Cassavetes, il termine hélas plus proche de Lelouch. Il n’y a pas de génie sans maîtrise. À défaut d’un film, nous avons donc vu un carnet de notes, raturées et illisibles. Dommage, il contenait sûrement de vrais trésors, mais restés invisibles.

De Djinn Carrenard. Avec Azu, Laurette Lalande, Maha. France. 2h56. Sortie le 3 septembre

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