Cannes 2015 : L’ÉTAGE DU DESSOUS / Critique

14-05-2015 - 21:45 - Par

De Radu Muntean. Sélection officielle, Un Certain Regard.

Pitch : En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police… même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille.

Quand on n’a rien à se reprocher, qu’est-ce qui peut bien pousser à mentir à la police ? À ne pas fournir aux autorités un témoignage tout simple, voire anodin, qui permettrait d’enquêter sur un tueur potentiel – et de le mettre éventuellement sous les verrous ? Tel est le nœud dramatique de L’ÉTAGE DU DESSOUS, nouveau film du cinéaste roumain Radu Muntean – déjà venu à Cannes en 2008 à la Quinzaine avec BOOGIE et en 2010 à Un Certain Regard avec MARDI APRÈS NOËL. Après avoir sommairement présenté son héros Patrascu lors de graciles scènes de jeu au parc avec son chien, Muntean passe aux choses « sérieuses » et le confronte à un dilemme : alors qu’il a entendu une violente dispute entre une voisine désormais morte assassinée et un autre résident de son immeuble, doit-il en parler à quelqu’un ? Le premier acte est sans aucun doute le plus intéressant de L’ÉTAGE DU DESSOUS car Muntean y bâtit une tension fugace, presque fortuite. Patrascu – tour à tour intrigué, apitoyé, abattu, colérique –, s’avère brillamment interprété par Teo Corban et croqué par Muntean : impossible de ne pas s’attacher à lui, de ne pas s’identifier à lui et à ses questionnements. Pourtant l’édifice s’effrite peu à peu. Car Patrascu n’a aucune raison valable de mentir à la police, de ne pas témoigner. Intrigant. Voire passionnant, car on décèle là un résidu du passé de la Roumanie, un stigmate historique, un refus névrotique de Patrascu de sombrer dans la délation, de revenir aux heures noires de l’ère Ceausescu et de sa police politique, la Securitate. Pourtant, Muntean ne tire rien ou presque de ce propos. Certes, sa mise en scène se révèle souvent très bien pensée – il floute le monde autour de Patrascu, le perd dans la foule, le place dans des cadres de portes comme autant de fardeaux. Accablé par son dilemme moral, Patrascu s’efface du monde, s’aliène. Mais au-delà de cette belle idée, L’ÉTAGE DU DESSOUS n’affiche bientôt plus aucune tension, plus aucun trouble. Un comble ! Même quand l’hypothétique tueur s’immisce dans la vie de famille de Patrascu, rien de vraiment inquiétant ou effrayant n’en émerge. Tout se fait lisse, presque plat. Rien qui ne vienne concurrencer les formidables promesses du premier acte.

De Radu Muntean. Avec Teodor Corban, Constantin Dita, Liviu Cheloiu. Roumanie. 1h33. Prochainement

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