Cannes 2015 : TALE OF TALES / Critique

15-05-2015 - 15:12 - Par

De Matteo Garrone. Sélection officielle, en compétition.

Pitch : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

À Cannes, on est souvent sommé de choisir son camp. Puisque les films s’affrontent en compétition, il faut donc les supporter ou les bannir. Mais bien plus que les films eux-mêmes, ce sont des visions du Cinéma avec un grand C qui demandent à être débattues, malaxées, honnies ou approuvées par les festivaliers. Sur le papier, la proposition de Matteo Garrone pour TALE OF TALES nous séduisait franchement. À Cinemateaser, si on nous parle de contes de fées, de monstres, d’ogres, de sorcières dans le plus grand festival de cinéma du monde, on est forcément preneurs. Sorte de Reader’s Digest des contes populaires de Giambattista Basile, le Perrault italien, le projet de Garrone vise à redonner ses lettres de noblesse à la figure oubliée du conte moral et fantastique. Marchant dans les traces un peu trop grandes pour lui de Pasolini et de Fellini, le réalisateur envisage le retour de la fantaisie exigeante, prenant les monstres et les destins tordus des personnages de Basile avec le plus grand des sérieux. L’ouverture du film annonce le meilleur. Un clin d’œil obligé et amusé au théâtre populaire, des acteurs internationaux magnifiés par des costumes royaux, un drame universel, un être étrange avec une gueule pas possible, une prophétie, bref on s’installe pour embarquer au pays des merveilles. Hélas, passé une séquence aquatique joliment poétique, le film entame et épuise petit à petit la bonhommie du spectateur. Pourquoi se désintéresse-t-on aussi vite de ces histoires ? Pourquoi le film laisse-t-il la vague impression d’un bel objet creux ? La faute sûrement à l’ambiguïté du projet. Là où Pasolini avec le DECAMERON assumait la forme littéraire et orale du conte, Garrone cherche à tout prix à faire coulisser les intrigues entre elles de manière complètement artificielle, comme s’il fabriquait un méga blockbuster. On passe d’une séquence à l’autre, d’un royaume à l’autre sans vraiment comprendre pourquoi le récit fait ainsi des va-et-vient inutiles. Ménageant des effets de suspense inefficaces, le montage finit surtout par harmoniser les univers, c’est-à-dire à les rendre caducs. Il y a peu de mystère dans TALE OF TALES et c’est bien là le problème. Si Garrone ose des trucages étonnants au grotesque bienvenu, le film cherche dans son ensemble à lisser la fantaisie. Les histoires finissent ainsi par ne faire plus qu’une, ce fameux Conte des Contes, et perdent donc totalement de leurs puissances évocatrices. Impossible de saisir la portée morale ou ne ce serait-ce que féérique des écrits de Basile, tant le montage morcelle et aplatit l’ensemble. Plombé par d’innombrables fondus au noir, rythmé par de trop longs plans de situations, écrasé par la musique-au-mètre d’Alexandre Desplat, le film donne l’impression d’avoir ordonné la folie, d’avoir cherché à maîtriser ce qui aurait pu déborder dans un vrai baroquisme réjouissant. À défaut d’être subjugué ou même ému par le film, on se contente seulement d’être séduit par son principe illustratif. Belles images, beaux et bons acteurs, belle direction artistique. Mais rien ne surnage et TALE OF TALES, comme un bloc, finit par se dissiper de nos esprits. Dommage.

De Matteo Garrone. Avec Vincent Cassel, Salma Hayek, Toby Jones. Italie. 2h05. Sortie le 1er juillet 2015



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