Cannes 2015 : THE ASSASSIN / Critique

20-05-2015 - 22:31 - Par

De Hou Hsiao Hsien. Sélection officielle, En Compétition.

Pitch : Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil.  Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d’éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l’Empereur  a tenté de reprendre le contrôle en s’organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji’an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau de jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec « l’ordre des Assassins ».

Les films d’arts martiaux signés par de grands auteurs esthètes sont maudits. Et, à ce titre, THE GRANDMASTER de Wong Kar Wai et THE ASSASSIN de Hou Hsiao Hsien ont trois points communs : Chang Chen – qui a ici un temps d’écran bien plus conséquent que chez WKW –, avoir connu une production longue et chaotique et… être des ratages. Sauf qu’à l’aune de THE ASSASSIN, on réévaluerait presque THE GRANDMASTER qui avait au moins le mérite de proposer des scènes de combat absolument dantesques dans un écrin plastique globalement somptueux. Or, THE ASSASSIN peine même de ce point de vue. On pourra certes admirer les jolis costumes et décors, comme on se balade dans un musée dont les bijoux sont scellés sous cloche. On pourra aussi être ébloui par le chatoiement des couleurs à l’écran, au point de les trouver parfois irréelles, comme si THE ASSASSIN avait été colorisé. On pourra enfin trouver intéressantes certaines idées de mise en scène – comme ces cadrages derrière des voilages et autres rideaux – si seulement Hou Hsiao Hsien n’en abusait pas au point de les vider de toute saveur. Passés ces rares quelques éléments, THE ASSASSIN se révèle laborieux, empesé, incompréhensible, artificiellement languide et atone. Manquant cruellement d’enjeux dramatiques, THE ASSASSIN nous sert de la tractation politique sino-médiévale aussi digne d’intérêt que les soucis d’embargo commerciaux de LA MENACE FANTÔME et tente, en vain, de construire une histoire de romance tragique entre un seigneur et une tueuse à gages, un temps promis l’un à l’autre. Le tout véhiculé à l’écran par de longues scènes de dialogues au name dropping épuisant ou de tout aussi longs silences n’ayant absolument aucune vertu dramaturgique. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui souhaite quoi ? Qui bosse avec qui et pourquoi ? Autant de questions que l’on se répète inlassablement devant le récit brouillon et inconséquent de THE ASSASSIN, qui n’est malheureusement même pas rattrapé par d’hypothétiques bonnes scènes de combat. Ne dégageant ni puissance, ni énergie, n’ayant aucun rôle narratif réel, ces trois ou quatre scènes sont elles aussi d’une vacuité folle. Et pire, elles s’avèrent techniquement bancales avec un découpage et un montage plus qu’approximatifs. Comment le grand cinéaste des corps et du désir qu’est Hou Hsiao Hsien ne parvient-il pas à infuser la moindre sensualité à ces ballets ? Le mystère restera entier mais le cinéaste se refuse en tout cas à faire un film d’art martial – qu’il soit classique ou réinventé – et se fourvoie ainsi dans la demi-mesure tiède. « Ton arme est impitoyable mais ton âme reste prisonnière des sentiments », reproche sa maîtresse à l’assassine. Le minimum aurait été que Hou Hsiao Hsien les transmette au public, ces sentiments.

De Hou Hsiao Hsien. Avec Shu Qi, Chang Chen, Zhou Yun. Taïwan. 2h. Sortie le 6 janvier 2016

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