Cannes 2016 : THE NICE GUYS / Critique

15-05-2016 - 11:00 - Par

Cannes 2016 : THE NICE GUYS

De Shane Black. Sélection officielle, Hors Compétition.

Synopsis (officiel) : Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

Shane Black crée un flamboyant duo d’enquêteurs branques et pugnaces. Derrière la grosse comédie pointe un « detective movie » au propos politique aussi juste qu’acéré. Du cinéma comme Hollywood en fait malheureusement trop peu.

Pour sa première réalisation, Shane Black avait fait le choix du post-modernisme ironique. « Detective movie » commentant sur le « detective movie », KISS KISS BANG BANG (2005) vibrait ainsi de la passion de son auteur pour le genre. Après un passage bancal par le comic book movie avec un IRON MAN 3 trop inféodé aux exigences du Marvel Cinematic Universe, Black revient au polar qu’il affectionne avec THE NICE GUYS. Mais cette fois, sans la moindre velléité méta ou post-moderne. Avec THE NICE GUYS, Shane Black a l’air de vouloir s’extraire de l’époque et pondre un opus hors du temps et des canons commerciaux actuels. Un film noir drôle et acerbe, qui semble presque tout droit sorti des années 1970, décomplexé au point d’apparaître comme une entreprise d’émancipation. Voire comme une reconquête de tout un pan de cinéma que Black a aidé à forger. 1977, Los Angeles : détective privé raté, Holland March (Ryan Gosling) lutte pour élever sa très malicieuse pré-adolescente de fille, Holly (Angourie Rice). Par un concours de circonstances, il croise la route de Jackson Healy (Russell Crowe), dont le travail consiste à tabasser des gens sur commande. Ensemble, ils finissent par enquêter sur la mort d’une porn star. Mais est-elle vraiment morte ? Et si oui, pourquoi ? Le duo incongru et circonspect de L’ARME FATALE ; un goût immodéré pour les gunfights, les coups qui font mal, les personnages secondaires soignés ; les vannes acerbes et les punchlines aériennes du DERNIER SAMARITAIN, mais aussi son agressivité et le sentimentalisme d’une relation père-fille fantastiquement croquée ; des acteurs dirigés au millimètre pour des performances les sortant de leur zone de confort… À bien des égards, THE NICE GUYS a tout du film-somme. Représentant la quintessence d’un ‘Shane Black movie’, THE NICE GUYS affiche une précision d’écriture redoutable : Black distille détails et indices avec patience, déroulant une intrigue complexe et fouillée dont chaque rouage apparaît nécessaire, à sa place, levant le voile avec parcimonie et maîtrise sur les tenants et aboutissants de l’histoire. L’exploit de THE NICE GUYS tient ensuite à cette façon de digresser et de déconner sans jamais perdre le fil du récit ou de la caractérisation. Chaque gag débile, chaque délire psychédélique, chaque saillie slapstick ou chaque réplique maladroite en dit un peu plus sur Holland et Jackson, sur leurs cœurs d’hommes abîmés et épuisés, luttant contre un système bien trop pervers et injuste pour eux. Car avant tout, comme ses deux héros et à l’instar des mémorables prestations mélancolico-burlesques de Gosling et Crowe, THE NICE GUYS a du cœur. Shane Black bâtit une sorte de film-oxymore reposant sur une foule de contradictions volontaires – derrière le glamour est tapi le sordide, derrière une soundtrack sautillante se cache une grande tristesse etc. – et dont émerge une cathédrale de sentiments. Dans une effusion presque intimidante, THE NICE GUYS mue en grand film énervé et se conclut sur un commentaire politique juste et moderne sur l’Amérique, ses valeurs et ses désespoirs. Pas le moindre des tours de force de ce film pop, libre et généreux.

De Shane Black. Avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Matt Bomer. États-Unis. 1h56. Sortie le 15 mai

 

 

 

 

 

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