Cannes 2016 : LA FILLE INCONNUE / Critique

18-05-2016 - 16:44 - Par

Cannes 2016 : LA FILLE INCONNUE

De Luc et Jean-Pierre Dardenne. Sélection officielle, En Compétition.

Synopsis (officiel) : Un soir, après l’heure de fermeture de son cabinet, Jenny, jeune médecin généraliste, entend sonner mais ne va pas ouvrir. Le lendemain, elle apprend par la police qu’on a retrouvé, non loin de  là, une jeune fille morte, sans identité.

Qui est le responsable de la mort d’une femme retrouvée en face du cabinet de Jenny (Adèle Haenel) ? Au-delà du whodunnit, les frères Dardenne font un film comme un questionnement moral, en reflet au cas de conscience du docteur qui n’a pas ouvert la porte quand on a sonné après les horaires de consultations. Ignorer cet appel à l’aide pour ce médecin toute entière dévouée aux autres est une terrible faute qu’elle tentera d’expier tout le film : en tentant de mettre un nom sur cette victime. En parallèle d’une enquête judiciaire qu’on ne croise que deux ou trois fois, Jenny essaie de remonter la vie de « la fille inconnue ». Dans un dépouillement forcené et un scénario ascétique, les Dardenne peignent le portrait de leur héroïne, fascinante. Symbole de la vocation médicale, accrochée aux gens sans qu’on ne comprenne trop pourquoi, Jenny existe sans qu’on ne sache vraiment qui elle est. Soit on aime ce mystère. Soit on déplore qu’elle soit trop souvent utilisée comme vecteur d’un propos social, traité sous forme de catalogue : le médecin comme lien social, témoin de la misère humaine, déclencheur d’autres vocations, le cabinet comme confessionnal… Et puis ces fameux abus de patients qui veulent des arrêts maladie à tout bout de champs. Le généraliste comme pivot sociétal, ce n’est pas franchement nouveau. La belle idée du film, c’est qu’à mesure que sa névrose grandit, le film ne se déroule plus qu’en dehors de ses horaires de pratique. L’idée est maigre. D’autant que les Dardenne, pas loin de caricaturer leur propre cinéma, étirent les scènes avec beaucoup trop de silence et de « temps réel » et ne brillent toujours pas par la beauté de leurs dialogues, souvent réduits à des mots posés avec gêne. Reste Adèle Haenel évidemment, avec ce regard toujours terrible, ses manières un peu brutales et pourtant une grâce absolue. Dans ce personnage en action, jamais appesantie sur elle-même, elle montre une puissance quasi surhumaine.

De Luc et Jean-Pierre Dardenne. Avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier. Belgique. 1h53. Sortie le 12 octobre

 

 

 

 

 

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