Cannes 2016 : THE LAST FACE / Critique

20-05-2016 - 13:31 - Par

Cannes 2016 : THE LAST FACE

De Sean Penn. Sélection officielle, En Compétition.

Synopsis (officiel) : Au Libéria, pays d’Afrique ravagé par la guerre, le docteur Miguel Leon, médecin humanitaire, et le docteur Wren Petersen, directrice d’une ONG, tombent passionnément amoureux l’un de l’autre. S’ils sont tous les deux engagés corps et âme dans leur mission, ils n’en sont pas moins profondément divisés sur les politiques à adopter pour tenter de régler le conflit qui fait rage. Ils devront surmonter leurs clivages et le chaos qui menace d’emporter le pays tout entier – sous peine de voir leur amour voler en éclats…

Au cours de sa carrière, Sean Penn s’est souvent régénéré. La plus belle de ses réinventions personnelles fut sans nul doute son passage à la réalisation. Avec deux grands films à son actif (THE INDIAN RUNNER et CROSSING GUARD) et deux films imparfaits mais tout de même marquants notamment pour leur direction d’acteurs (THE PLEDGE et INTO THE WILD), Sean Penn avait bâti une filmographie de cinéaste quasi immaculée. Jusqu’à THE LAST FACE, dont l’ampleur du ratage prouve que Penn n’est vraiment pas l’homme des demi-mesures. Débutant sur un carton malheureux comparant peu ou prou la souffrance africaine à « la brutalité d’un amour impossible entre un homme et une femme », THE LAST FACE s’affirme tout d’abord comme une accumulation d’anecdotes et de pastilles de l’horreur guerrière – Penn filme des larmes d’enfants ou des cadavres fumants en gros plan, tandis que des personnages secondaires s’étonnent de voir une femme violée parvenir à danser. Certes, Sean Penn réussit à capter quelques images horrifiantes porteuses de sens – le travail sur le son s’y révèle très convaincant. Mais cette longue exposition sans véritable liant ni narration demeure profondément bancale. Au-delà, THE LAST FACE va ensuite s’embourber dans une romance heurtée entre deux médecins sans frontières, Miguel (Javier Bardem) et Wren (Charlize Theron), dont certains moments semblent parodiques (le brossage de dents) ou tout simplement erratiques (une dispute dans un parking poussive et soudaine, sorte d’effusion mélo totalement absurde). THE LAST FACE a sans doute tout de l’œuvre profondément personnelle pour Sean Penn. Au-delà de ses atours gossip – il filme Charlize Theron avec un amour passionnel évident –, THE LAST FACE renvoie aux expériences humanitaires du cinéaste – notamment à Haïti. On imagine qu’il a tenté de partager sur l’écran ses émois, ses frustrations, ses sentiments troublés. Sa méthode ? Malickienne en diable : Penn multiplie les voix off, les ralentis, les plans élégiaques et contemplatifs, les cadrages et décadrages un peu fous, les allers retours temporels dans un composite de sons et d’images. Jamais l’on ne remettra en cause ses bonnes intentions, ni sa sincérité. Sauf que son pari n’aboutit pas : par trop hétéroclite, son collage, jamais réellement tenu, ne prend jamais tant il déborde en tout point. Sean Penn phagocyte son propre message et sombre parfois dans le mauvais goût ou le simplisme. Au final, les victimes ne semblent avoir que trop peu la parole ici et THE LAST FACE se retrouve handicapé par des émotions et des ambitions contradictoires que le réalisateur ne parvient jamais à dompter.

De Sean Penn. Avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos. États-Unis. Prochainement

 

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