Cannes 2016 : COMANCHERIA / Critique

16-05-2016 - 15:55 - Par

Cannes 2016 : COMANCHERIA

De David Mackenzie. Sélection officielle, Un Certain Regard.

Synopsis (officiel) : Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

Le film précédent de David Mackenzie, LES POINGS CONTRE LES MURS, se déroulait au Royaume-Uni mais évoluait dans un univers cinématographique très américain – le film carcéral. Deux ans plus tard, le cinéaste anglais traverse cette fois totalement les frontières et on le retrouve outre-Atlantique pour COMANCHERIA, film au sujet, au décor et aux personnages profondément américains. Dans la première séquence, un impressionnant panoramique circulaire aux allures d’infini, Mackenzie réunit dans le même plan un vendeur de voitures, une église et une petite banque subitement assaillie par deux braqueurs. En quelques secondes, il convoque ainsi à l’image toute une Amérique – réelle et fictionnelle –, pour s’attacher ensuite à la démonter brique par brique. Ici, deux frères se lancent dans une série de braquages pour récupérer la somme qui leur permettra d’empêcher la saisie de leur ranch. Scène après scène, avec l’élan un peu naïf mais frais du cinéaste européen qui découvre les grands espaces, Mackenzie pose sa caméra désenchantée au cœur de villes fantomatiques, aux portes d’usines en ruine, aux abords de champs où gisent des machines prêtes à rouiller. COMANCHERIA frappe pour le contraste violent qu’il propose entre l’imagerie fantasmatique et la réalité désespérante. La lumière chaude, subtilement stylisée, de Giles Nuttgens bâtit une ambiance éloquente et prenante, où les éléments pèsent de tout leur poids sur les personnages et le spectateur : tout n’est que chaleur, humidité, ciels gris menaçants, poussière, sueur. L’horizon dégagé qui s’élance à perte de vue, symbole de liberté et d’infinis champs des possibles, ne fait alors que rappeler l’impasse dans laquelle est paralysée tout un pan de la population, exclue du rêve américain et embourbée dans la misère depuis la crise de 2008. « J’ai été pauvre toute ma vie. Comme mes parents et mes grands-parents. C’est comme une maladie, transmise de génération en génération », dit Toby. Cette manière assez offensive de confronter l’Amérique à ses contradictions et à ses mythes déclinants a son revers : le script de Taylor Sheridan (SICARIO), bien que porté par des élans littéraires ensorcelants, a parfois tendance à user de dialogues trop explicatifs, qui soulignent maladroitement le propos. En un sens et c’est compréhensible, COMANCHERIA peine à contenir sa colère. Mais, même s’il trébuche et bégaie, le film parvient à ne jamais totalement dévisser. Sans doute parce que le découpage de Mackenzie – sobre et élégant, discret mais solide, captant la violence et les torts de chacun sans détour – prend le dessus et donne l’occasion aux acteurs de se saisir des rênes du film. Si Chris Pine livre une de ses meilleures prestations et si Jeff Bridges amuse puis bouleverse en shérif anachronique, c’est Ben Foster qui impressionne. Boule de nerfs révoltante, il signe une performance de prime abord monolithique, qui dévoile peu à peu des trésors de nuances – voir la dernière scène qu’il partage avec Pine. Tout comme Jack O’Connell dans LES POINGS CONTRE LES MURS, il offre à Mackenzie l’occasion d’observer la masculinité à son paroxysme, dans tout ce qu’elle peut avoir d’effrayant – et de touchant.

De David Mackenzie. Avec Chris Pine, Ben Foster, Jeff Bridges. États-Unis. 1h42. Prochainement

 

 

 

 

 

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