CEFF 2016 : THE LONER

06-06-2016 - 13:29 - Par

CEFF 2016 : THE LONER

Infos, galerie, questions au réalisateur… Tout sur les films de la compétition indépendante américaine du Champs-Elysées Film Festival 2016.

C’est quoi ?
Behrouz, malfrat d’origine iranienne, a non seulement des soucis amoureux mais, en plus, son ancien patron l’accuse de l’avoir truandé, l’obligeant à se mettre en quête d’une cargaison de drogue volée. Après avoir écrit et réalisé divers courts, Daniel Grove passe au long avec THE LONER, thriller étrange. Grove a été voilà deux ans le producteur exécutif de l’excellent A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT d’Ana Lily Amirpour, et il en retrouve ici l’un des acteurs, le très stylé Reza Sixo Safai. Ce dernier donne la réplique à Helena Mattsson, vue notamment dans la cinquième saison de AMERICAN HORROR STORY et Laura Harring, dont on n’avait pas eu beaucoup de nouvelles réjouissantes depuis MULHOLLAND DRIVE. Un peu cool, donc.

 

Questions au réalisateur Daniel Grove

Que signifie d’être d’indépendant pour vous ?
La machine hollywoodienne n’a jamais fait autant d’argent qu’actuellement, en inondant les salles avec des films de super-héros abrutissants et banals. J’ai le sentiment que, de nos jours, le cinéma indépendant regroupe tous ceux qui ‘se battent contre les cons’, pour reprendre une phrase de Nick Cave. Pour moi, ‘cinéma indépendant’, cela signifie être dans le progrès, prendre des risques, infléchir les genres, défier l’esprit et lancer des cocktails Molotov. Un cinéma qui élargit un cadre et questionne le statu quo.

Pensez-vous que l’époque soit enthousiasmante pour le cinéma indépendant ?
Je pense que l’époque est à la fois excitante et effrayante. Les outils de création et de consommation – du cinéma – se sont démocratisés et cela n’a jamais été aussi simple et bon marché de produire ou consommer. Mais du coup, cela crée une surabondance de choix et un marché totalement saturé. Il y a beaucoup de ‘bruit parasite’ et la capacité d’attention de chacun a décliné. Les artistes subissent donc une énorme pression, ils se doivent de créer des œuvres qui parviennent à émerger du bruit. Le futur proche du cinéma m’excite notamment parce que le monde est au bord d’un changement de régime – même si c’est effrayant. Je crois que nous allons voir de plus en plus de films qui repoussent les limites, qui provoquent. Le cinéma peut être un élément primordial dans le développement d’idées radicales. Nous avons plus que jamais besoin de ces idées. Peut-être que Pasolini va revenir à la mode ! Je l’espère, en tout cas.

Quel est votre film français préféré et pourquoi ?
HIROSHIMA MON AMOUR d’Alain Resnais. Le cinéma français a toujours voulu se relier à l’Autre. Dans ce film, Resnais et Marguerite Duras ont créé ce lien avec l’altérité. Ça parle de mémoire historique et personnelle, d’amour, de guerre, de nihilisme, de la bombe atomique… C’est de la poésie écrite dans la chair de deux amoureux pris dans le feu de l’annihilation. C’est profondément beau, ça baigne dans la mélancolie. Accessoirement, c’est encore un des rares films qui montre la relation entre un Asiatique et une Occidentale. Du coup, d’un point de vue purement romantique, HIROSHIMA MON AMOUR me parle plus personnellement que n’importe quelle autre romance dramatique.

Quel est votre film américain préféré et pourquoi ?
BLUE VELVET de David Lynch. J’adore ce film. Il utilise magnifiquement le langage hollywoodien pour le subvertir et, via des métaphores très simples mais très belles, regarde au-delà de la carte postale de l’Amérique idéale pour révéler quelque chose de plus inconscient. Ce film me rend à la fois inquiet, enthousiaste, excité et effrayé quant au sort de l’Amérique. Sans ce double programme de minuit projetant BLUE VELVET et LOST HIGHWAY auquel j’ai assisté à l’âge de 13 ans, je ne serais pas là aujourd’hui.

 

 

 

 

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