Cannes 2017 : LA LUNE DE JUPITER / Critique

19-05-2017 - 21:47 - Par

Cannes 2017 : LA LUNE DE JUPITER

De Kornél Mundruczó. Sélection officielle, compétition.

Synopsis officiel : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Avec WHITE GOD, Kornél Mundruczó s’est ouvert au mainstream, plongeant ses ambitions sociales et politiques dans le cinema de genre. Sous influence plus ou moins conscientes de Pierre Boule ou George Orwell, il imposait un postulat fantastique dans un contexte lourd de montée de l’extrémisme en Europe. Le pacte qu’il propose au spectateur est, cette fois, encore plus fort. Il lui demande de croire qu’un réfugié qui vient d’arriver en Hongrie, sous les tirs de la police qui l’a laissé pour mort, est devenu capable de s’envoler. Comme Superman qui s’élève au-dessus des Hommes dans un halo divin, Aryan est quasi-christique. Le médecin du camp qui l’a recueilli va exploiter son incroyable capacité pour flouer des patients. L’Europe, terre promise, est une terre corrompue. Kornél Mundruczó renvoie dos à dos les autorités et le quidam, les deux ayant bafoué les idéologies mêmes de l’Europe. On a oublié notre propre Histoire, dit-il, au point que toute compassion nous est impensable. L’esprit à ras de terre, pouvons-nous encore concevoir que l’étranger nous illumine ?

Mundruczó n’a pas tout à fait confiance dans le cinema de divertissement. Probablement effrayé que le message passe mal dans ce faux film de super-héros, il souligne un dialogue par ci, met l’emphase sur un geste, ramenant sans cesse au cinema d’auteur pur un film qui pourtant est un pur film de science-fiction, piochant idées et plans au genre post-apo, qu’il mâtine d’un peu de film noir. Hélicoptères, tunnels plongés dans les ténèbres, appartement miteux… Tout y est, savamment intégré dans un contexte au réalisme cafardeux. Et ce qui rappelle au réel, en permanence, c’est cette caméra toujours en mouvement, ces longs plans au plus près de l’action – le film est majoritairement réalisé en plans séquences -, cette fluidité et cette proximité qui ne ment pas. L’artifice réduit à son minimum – la plupart des effets sont visuels et non spéciaux -, le merveilleux est au coin de la rue, subjuguant. 

La puissance visuelle de Kornél Mundrúczó est pourtant totalement libérée du joug du réalisme social si européen. Le film s’ouvre sur l’échappée d’Aryan en trois plans séquences, faits de prises de vue sous-marines et de travellings à toute blinde, jusqu’à ce qu’on lui tire dessus et soudain, la grâce d’un corps qui s’élève. Qu’il filme à l’énergie ou à la virtuosité, Mundruczó a faim de cinéma, d’images évocatrices, de politique dans le film de genre. Qu’il le fasse en scellant le même pacte qu’un Thomas Salvador sur VINCENT N’A PAS D’ÉCAILLES est une preuve de son audace et de la confiance qu’il place dans le public d’aujourd’hui. En exploitant et en réarrangeant la plupart des codes du cinéma commercial américain, il parvient à livrer un vrai film politique et grand public, profondément européen. Il subsiste des maladresses – l’emploi d’un acteur géorgien pour jouer un médecin hongrois l’a forcé à un doublage plus qu’approximatif – mais le résultat est d’une intégrité dont le monde aujourd’hui, sa cible préférée, ne peut pas se targuer.

De Kornél Mundruczó. Avec Merab Ninidze, György Cserhalmi, Zsombor Jéger. Hongrie. 1h40. Sortie le 1er novembre

 

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