Cannes 2017 : VERS LA LUMIÈRE / Critique

23-05-2017 - 21:08 - Par

Cannes 2017 : VERS LA LUMIÈRE

De Naomi Kawase. Sélection officielle, compétition.

Synopsis officiel : Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Sensoriel, le cinéma de Naomi Kawase l’a toujours été, la cinéaste japonaise offrant toujours une place prépondérante aux éléments naturels, dont elle capte la fureur, le calme ou l’élégie métaphysique, et par ricochet, aux réactions charnelles du spectateur. VERS LA LUMIÈRE va plus loin et se propose de réfléchir au caractère sensoriel de son cinéma – via un film dans le film très ‘kawasien’ – et du cinéma, tout court – via la manière dont un groupe d’aveugles appréhendent et projettent leurs émotions devant ledit film. Des passerelles méta-textuelles que la réalisatrice maîtrise parfaitement pour une exploration souvent puissante et touchante de l’Art comme représentation, illustration et commentaire de nos vies, comme lien à notre passé, à nos blessures, à nos souvenirs heureux, à ceux qu’on a perdus. D’autant que, peut-être encore davantage que dans ses précédents films, Kawase effectue un beau travail sonore et visuel – des sons prenant discrètement de l’ampleur à mesure qu’un personnage ferme les yeux ; un plan de contre-jour où les rayons du soleil baignent physiquement deux amoureux après un baiser. Des personnages qu’elle caractérise avec un soin lui aussi évident. Misako (Ayame Misaki, très convaincante), responsable des versions en audiodescription des films de cinéma, s’exerce dans la rue, décrivant l’univers qui l’entoure, dans de courtes scènes qui sculptent en un rien, en un détail, le pragmatisme inquiet de la jeune femme, son insécurité face au monde, son besoin de tout mettre en mots pour canaliser – banaliser ? – ses émotions. Mais c’est bien grâce au personnage de Nakamori, dévoré par sa colère et sa tristesse, superbement interprété par le grand Masatoshi Nagase que VERS LA LUMIÈRE prend toute son ampleur. Certes, Naomi Kawase a parfois un peu la main lourde sur le sur-symbolisme (une marche en forêt où les pieds de Misako sont retenus prisonniers par la boue) et, dans le systématisme redondant de ses scènes de réunions de lecture, se fait trop explicative sur les sensations que le cinéma génère, sur la manière dont chaque spectateur emprunte un chemin personnel devant un film. Mais ces quelques moments de débordement s’avèrent presque charmants dans leur maladresse, car ils servent une histoire à la ligne claire et directe, centrée sur une idée galvanisante de résilience. « Rien n’est plus beau que ce qu’on a sous les yeux et qui s’apprête à disparaître », dit-on dans le film. Un lâcher prise face à l’adversité qui caractérise à merveille VERS LA LUMIÈRE : on n’avait jamais vu le cinéma de Naomi Kawase aussi épanoui.

De Naomi Kawase. Avec Masatoshi Nagase, Ayame Misaki, Tatsua Fuji. Japon. 1h41. Sortie le 20 septembre

 

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