Cannes 2018 : À GENOUX LES GARS / Critique

17-05-2018 - 12:18 - Par

Cannes 2018 : À GENOUX LES GARS

D’Antoine Desrosières. Sélection officielle, Un Certain Regard.

 

Synopsis officiel : En l’absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c’est parce que Yasmina fait tout pour qu’elle ne l’apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.

 

Ça commençait plutôt bien. Dans un style joyeusement fauché, À GENOUX LES GARS débute comme un équivalent féminin des BEAUX GOSSES de Riad Sattouf. Un art de la tchatche et de la lose plutôt bien senti, un peu foutraque mais évidemment attachant. On observe ces deux sœurs parler de sexe avec une crudité naïve et c’est toute une période de l’adolescence qui remonte à la surface. Le ton est libre et on sent que, même si les improvisations s’étirent un peu trop, le film va rafraîchir la comédie à la française. Avec l’arrivée des garçons, tout aussi naïfs, le film enclenche un joli marivaudage dans une scène à la piscine vraiment chouette. Et puis tout s’effondre. Ce qu’on prenait pour de la naïveté vire à la cruauté lourdingue. Comment vouloir faire rire autour d’une histoire aussi triste que la manipulation d’une jeune naïve par deux débiles ? Antoine Desrosières a sûrement l’impression de décaler le genre en regardant de biais une génération qui confond tout. Le résultat met surtout très, très mal à l’aise. Ce qui s’annonçait comme une relecture de Marivaux via notre époque se transforme en calvaire lourdingue où les tractations amoureuses se jouent à coup de relation sexuelle forcée et d’humiliations. Surtout, Desrosières ne prend pas la peine de condamner quoi que ce soit, considérant que le rire sera le seul juge. Erreur ! Quand le film dans sa dernière partie voit les héroïnes reprendre le pouvoir, c’est pour punir les personnages masculins. Comble de la punition : une fellation forcée entre garçons ! C’est stupide et pénible à regarder. Pour condamner le sexisme, le film valide l’homophobie latente des personnages. Une loi du talion insupportable et extrêmement malaisante. Dommage. Il y avait à l’intérieur de ce film mal écrit, mal maîtrisé, pas toujours très bien joué, l’énergie communicative de la jeune Souad Arsane. La regarder se dépatouiller avec ses sentiments et son corps aurait suffi à faire d’À GENOUX LES GARS un beau manifeste féminin. En l’état, le film n’est qu’une petite chose qui laisse un goût très amer en bouche.

D’Antoine Desrosières. Avec Souad Arsane, Inas Chanti, Sidi Mejai. France. 1h38. Sortie le 20 juin

 

 

 

 

 

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